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l serait erroné, semble-t-il, de voir là une moquerie; les formules de Pantagruel ressemblent de trop près aux phrases évangéliques pour le laisser croire. En outre, ces indications apportent l'exacte contrepartie au premier type de consultations : après le savoir, la folie donnera peut-être au moins une indication dans la recherche de la vérité, et au même titre que lui. On a justement rapproché le Tiers Livre de l'Eloge de la folie d'Erasme. Ce n'est pas un hasard sans doute si le « fou » Triboullet est le dernier consulté, si sa consultation prête à interprétations diverses comme celle de l'oracle de Delphes, si son discours lance les compagnons vers l'oracle de la Dive Bouteille. La poursuite de l'enquête va se faire conformément aux indications d'un fou. Dans l'accession à la Vérité, folie vaut mieux que savoir
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este à savoir si l'accession elle-même est possible. L'enquête de Panurge sur le sujet du mariage introduit en fait à une autre question. Celle des rapports de l'homme à la vérité. Nous ne connaîtrons pas dans le Tiers Livre le fin mot de cette recherche, un autre voyage nous y conduira, un autre épisode. Au moins disposons-nous dès ce moment d'une conclusion provisoire. D'abord cette constatation élémentaire que la vérité échappe à qui veut à toute force la détenir et qu'elle réside rarement en qui prétend la posséder. Ensuite cette conséquence : on peut la trouver partout, en toutes mains; la vérité n'a que faire des hiérarchies humaines; il faut savoir lui prêter l'oreille, comme le préconise l'ensemble du chapitre XXI, en des termes qui semblent repris de façon plus grave par Montaigne dans l'Art de conférer (Essais, 111, VIII) : « Toutes telles ravasseries, qui sont en credit autour de nous, meritent au moins qu'on les escoute. Pour moy, elles emportent seulement l'inanité, mais elles l'emportent. Encores sont en poids les opinions vulgaires et casuelles autre chose que rien en nature. Et, qui ne s'y laisse aller jusque là, tombe à l'aventure au vice de l'opiniastreté pour eviter celui de la superstition. »
Devant le désir de Panurge, « pour toutefoys vostre doubte esclaircir, suys d'advis que mouvons toute pierre», dit Pantagruel (chap.XXI). Enfin ce pressentiment qu'il n'appartient pas à l'homme de connaître la vérité, et que, peut-être, elle est réservée à « plus haute puissance », aux « Intelligences coelestes ». En ce cas, seul peut compter l'effort pour atteindre une Vérité sans cesse repoussée par la quête même qui cherche à la toucher; pour le dire autrement, la Vérité dérobe son « contenu » (Panurge n'entend pas de réponse à sa question) mais elle réside dans une « manière » (Panurge est dans le vrai lorsqu'il questionne). Cette leçon socratique peut surprendre dans un roman qui semble fait pour l'amusement, elle paraît néanmoins trop bien correspondre à l'attitude de Rabelais et à la configuration générale du Tiers Livre pour être un pur produit de l'imagination interprétative.
S'achevant sur une aporie provisoire, le Tiers Livre appelle une suite.
La question de la vérité reste suspendue, et l'enquête doit continuer. Hors de cette poursuite, pas de vérité.
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