|
ean (Jan) HUS est né à Husinetz en Bohème du sud en 1369 et meurt à Constance le 6 Juillet 1415. Il vient à Prague pour faire ses études et devient maître es-arts en 1396. Il est ordonné prêtre en 1400 et recteur de l’Université en 1402-1403. Un sentiment de conscience nationale commence à monter à cette époque chez les tchèques, avec un rejet des « étrangers » qui vivent en Bohème, exploitent ses richesses (mines d’argent), qui prennent les postes ecclésiastiques et les rouages d’Etat. C’est le cas des allemands, et? de l’Eglise de Rome, perçue comme exogène et corrompue. C’est aussi l’époque d’une chrétienté en crise, qui possède deux Papes concurrents, l’un à Rome, l’autre en Avignon. Ce contexte peut expliquer l’intérêt que porte Hus aux théories premières de Wyclif dans sa défense de l’Etat national, contre la hiérarchie ecclésiale et la papauté. Il traduit le « Trialogus » en tchèque, texte dans lequel Wyclif réfute la transsubstantiation. Soutenu par le roi Wenceslas et par le clergé tchèque, dont l’Achevêque Zbinec, il participe à la réforme de l’Eglise de Bohème. Les règles d’entrée et d’attribution de postes à l’Université de Prague, première université créée dans la « nation » allemande (Suisse, Autriche, Belgique, Pays-Bas, Prusse, etc) sont revues au profit des tchèques. Les professeurs et élèves " étrangers" s’exilent et s’installent à Leipzig et Erfurt. La Papauté s’inquiète de la montée des thèses wycliffiennes et demande à l’archevêque d’y mettre fin. Le conflit se déplace alors entre les autorités ecclésiastiques et l’Université, dirigée par Hus. Le 16 Juillet 1410 Hus est excommunié. Sommé de se présenter devant le Pape, il fait envoyer un représentant. Sa sentence d’excommunication est publiée dans toutes les églises de Prague. Hus attaque la bulle papale qui décrète et propose une série d’indulgences pour le financement d’une croisade contre Jérôme de Naples. Il est suivi par la population praguoise, indignée par le phénomène des indulgences. Hus qui s’est provisoirement éloigné de Prague publie deux ouvrages : « De ecclesia », et « De sex erroribus ». Le roi Sigismond refusant de suivre les ordres de Rome, la papauté perd finalement tout contrôle de la situation. Pour sortir de la crise profonde dans laquelle l’Eglise d’Occident se trouve, Gerson, le chancelier de l’Université de Paris arrive à convaincre docteurs en théologie et prélats de la réunion d’un concile qui se déclare représentatif. Celui-ci se réunit à Constance. Sigismond persuade Hus de s’y rendre, avec un sauf-conduit. Le concile examine les thèses de Hus et les déclare hérétiques. Hus, malgré son sauf-conduit est condamné et brûlé vif (illustration) le 6 Juillet 1415. On peut penser avec vraisemblance qu’il est victime du besoin d’autorité des membres du Concile, qui doivent par ailleurs déposer deux Papes. Ce geste fort et symbolique va avoir des conséquences plus graves que le Concile ne s’y attendait : la population tchèque se soulève en masse contre l’autorité conciliaire et embrasse l’hérésie. C’est le début d’une aventure religieuse et d’une résistance militaire nationale qui va durer jusqu’en 1620 . Les principaux points de différence seront : la libre prédication de la parole de Dieu en tchèque, la communion sous les deux espèces (sub utraque), la réduction des biens et de l’importance de l’Eglise, et un rigorisme moral. Cette Eglise Hussite verra se développer dans ses marges des sous-groupes religieux (les taborites, les adamites) avec un communisme comportemental, matériel et sexuel, qui préfigure les déviations du Luthéranisme (les Anabatistes ) et les utopismes modernes (de Thomas More aux adeptes californiens de Wilhelm Reich).
|
|
|
a doctrine Cathare (ou Albigeoise), est un schisme populaire, qui crée en france sa propre église au XIIè siècle. Chose remarquable, cette église s’est formée avec les cadres de l’Eglise traditionnelle du sud du pays, qui petit à petit va passer à l’hérésie. Cette doctrine est fortement, mais pas exclusivement, inspirée d’un mouvement spirituel, le manichéisme, qu’on retrouve cycliquement en occident (dont les derniers avatars sont plutôt littéraires et cinématographiques - et parfois, malheureusement - politiques ) Cette forme de pensée dualiste (bien/mal) naît en Iran . On en trouve des traces en Grèce. Mais c’est avec Mani (Perse, fin du IIIè siècle) que sa forme la plus radicale est exprimée : au commencement est la dualité du Bien et du Mal, incréés et éternels. Dieu est la Lumière et la bonté : il ne peut avoir créé le Mal. Le Mal, les ténèbres, existent donc indépendamment de Dieu. Les deux principes sont également créateurs. Inspirés du Boudhisme, les Cathares croient à la réincarnation de l’âme humaine dans 9 vies différentes. A l’issue de celles-ci sera décidé du sort (Enfer ou Paradis) de l’âme. Jésus Christ ne s’est pas incarné, mais il a pris l’apparence humaine, car Dieu ne peut vouloir la mort atroce de son fils. Le corps de Jésus sur la croix n’est qu’une ombre, une coquille vide. La présence de Jésus sur terre n’est qu’un appel, un modèle de vie à suivre. La fin du monde ne sera pas catastrophique, mais aura lieu progressivement avec le départ des âmes sauvées. Pour les plus extêmistes des cathares, le monde « réel » n’est qu’une production du Mal. Les hommes sont des damnés qui se reproduisent entre eux. La procréation devient donc oeuvre du Mal: l'homme ne doit donc pas se reproduire. La croisade contre les Albigeois, menée par la chevalerie du Nord, écrasera dans le sang ce schisme qui hantera longtemps la hiérarchie de l’Eglise Romaine, qui craindra toujours d’être infiltrée par des idées hérétiques, comme le fut le clergé français du sud de la France. Ceci explique peut-être le nombre de procès et d'accusations portées contre des clercs pour "déviation idéologique" (comme dirent plus tard les communistes des années de plomb). BEDA lui-même aurait été inquiété pour un ouvrage de jeunesse. A la Renaissance il est bien préférable pour un clerc d'avoir une conduite scandaleuse avec des "femmes de mauvaise vie" plutôt que des idées originales sur le dogme.
|
|