LE LIVRE (2/2)


LE LIVRE AU XVIè SIECLE

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ILLUSTRATION / EDITION

es ouvrages nouvellement édités s’adressent évidemment en priorité à cette frange des 5 à dix pour cent de la population cultivée sachant lire. Le petit peuple n’est pas à priori le public visé. Il l’est pourtant par de petits opuscules, ou des feuilles illustrées, en majorité des images pieuses. Celles-ci, d’abord xylographiées puis imprimées, vendues à l’unité, servent parfois de décor pieux à l’intérieur des maisons, de repoussoir contre le mal, contre Satan, contre le mauvais sort et les maladies. Il existe aussi de petits opuscules religieux, sorte de "Bibles du pauvre" presque sans texte, sorte d'ancêtres de la bande dessinée. L’illustration rend la page populaire et parfois compréhensible dans ses grandes lignes au non-lisant. Le texte vient en arrière plan de l’image. Cette forme de communication « publicitaire » , plus sensible, est utilisée pour toucher le plus grand nombre, et devient une arme efficace dans le débat puis le conflit religieux de la seconde moitié du siècle.
Les ouvrages illustrés seront très courus. C’est vrai des libelles, et images pieuses, c’est vrai aussi des ouvrages religieux, qui composent la majeure partie de l’édition Européenne. Mais le livre imprimé, lui, est avant tout destiné aux couches sociales élevées.

LE POUVOIR DU LIVRE

n tête du hit-parade de la littérature éditée en Europe, on trouve évidemment LA BIBLE. Fin XVè siècle, on ne compte pas moins de cent vingt éditions différentes. Une majorité en Latin, mais aussi en langues vernaculaires : onze en allemand, trois en bas allemand, quatre en italien, une en français, d’autres en espagnol, en flamand ou en tchèque ("le temps des réforme" de P. Chaunu). Au XV è les éditions religieuses constituent déjà près de cinquante pour cent de la masse des ouvrages.
Par cette diffusion de masse des livres religieux de référence (La Bible, les Pères de l'Eglise) mais aussi la diffusion d'autres pensées, telles que celles des philosophes grecs, le monopole du savoir des théologiens est battu en brèche. Les Humanistes s'emparent en effet du média imprimé, décortiquent les ouvrages de l'antiquité, y compris les religieux, et publient leurs observations. Le débat peut descendre dans la rue. Et chacun peut se faire une idée sur la validité de telle ou telle opinion en se procurant les ouvrages incriminés ou cités. Dès que l'apparition d' ouvrages contraires à leurs idéaux paraîtront, les théologiens de la Sorbonne n'auront de cesse de guerroyer contre cette évolution technologique. D'abord en essayant d'interdire les publications non orthodoxes (Erasme, Luther). Plus largement aussi le Grec, son étude, ses ouvrages et leur possession (1523) . Ensuite, en condamnant, exilant ou faisant brûler les imprimeurs coupables d'avoir imprimé des œuvres interdites ( Estienne, Augereau). La répression monte enfin d'un dernier cran , en arrachant au roi François 1er un édit qui INTERDIT purement et simplement l'imprimerie. Bien entendu, il n'est pas si facile d'arrêter un progrès technologique avec une pratique de près d'un siècle, et l'Eglise elle même allait utiliser l'imprimerie dans le cadre de la Contre- Réforme. Mais les théologiens français, à la tête desquels se trouve Noel Beda , obtiennent finalement que le Parlement de Paris fasse office de censeurs des œuvres. La Commission de censure est née. Cette commission de censure de l'expression écrite à laquelle l'Eglise participa va perdurer quelques siècles et il faudra attendre le vingtième pour en voir l'abolition. Entre-Temps le Pouvoir de la Parole était transféré successivement aux Politiques, qui utilisèrent cette censure à leur profit, puis à la sphère de l'Economique, alors que s'atténuait consécutivement l'influence et le pouvoir de l'Eglise.

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