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INTRODUCTION AUX OEUVRES DE RABELAIS

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UN MOINE ERUDIT |
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abelais fait des études classiques, de Latin et de Grec, au couvent de La Baumette, près d'Angers où il s'imprègne des auteurs et des textes. Certains biographes pensent qu'il abordera plus tard des études d'hébreu, en plus de celles de médecine. Cela n'apparait pas dans ses écrits.
Sa mémoire est certainement prodigieuse, si on considère tous les emprunts et toutes les références aux auteurs grecs et latins qui parsèment son oeuvre. A leur lecture, repérés et commentés par les spécialistes universitaires, on y goûte son humour et son ironie. Car Rabelais cite et détourne ce qui fut une fort sérieuse passion de jeunesse. Ces "emprunts" ou citations savantes dans un contexte de bouffonerie joyeuse ont un double caractère : ils dégoupillent certes le beau savoir, mais ils sont là tout de même, comme une façon de dire : voyez, comme vous, qui savez lire entre les lignes, j'en suis ! Tout en clignant de l'oeil. Tentons d'imaginer de nos jours un auteur de série TV dont le héros détective, féru de philosophie allemande, disserterait sur le concept de liberté restreinte tout en menant une enquête sur un crime dans une maison close...voilà qui donnerait une idée de l'originalité de Rabelais à son époque. Et la raison de son succès.
Il faut aussi rapeller que la citation et la copie étaient choses courantes chez les auteurs grecs et latins. Certains dramaturges se contentaient même de signer les textes d'autres auteurs, vivants ou morts. A la Renaissance, cependant, lorsque la citation est explicitement annoncée comme telle, elle a une fonction particulière, qui est de valider la pensée nouvelle (ou non) par l'autorité d'un maître ancien. Ce qui a été écrit est forcément VRAI. L'ironie Rabelaisienne à ce propos est sans aucun doute une façon de promouvoir la véritable création de l'esprit.
A presque trente ans, RABELAIS est donc un militant de la connaissance, et un militant qui cherche à le faire savoir autour de lui. Il a de l'ambition. Mais il est sans doute partagé entre cette ambition et le désir de l'étude, qui est une sorte de renonciation au monde. Sa lettre à BUDÉ (1521) est tout à la fois un désir de reconnaissance personnelle et un hymne sincère pour les auteurs anciens qui vont - tous les humanistes en sont persuadés - éduquer le monde nouveau. Qu'est-ce donc qui empêche notre moine de rester moine, et de se consacrer entièrement à la lecture et la méditation comme des milliers d'autres avant lui ? Son énergie, sans doute. Mais aussi un frémissement. Ce frémissement a certainement pour nom La Renaissance. RABELAIS veut en être, il veut faire partie de ce mouvement, il veut apprendre à connaître et transformer le monde. Le moine érudit se lance donc sur les chemins de la vie réelle. Il se fera médecin . Mais actualise-t-on (au sens Sartrien) un rôle d'intellectuel pour lequel on a été formé dans sa jeunesse lorsqu'on est médecin ? Non, il y a une opportunité plus alléchante : c'est l'écriture.
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ECRIRE POUR GAGNER SA VIE
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a motivation financière n'est jamais si lointaine pour qui souhaite être publié. Les débuts de l'imprimerie vont engendrer une demande d'auteurs de la part des imprimeurs-éditeurs, jeunes patrons de cette "nouvelle économie", et malgré l'absence d'un véritable droit d'auteur, il est plus que probable que le médecin Rabelais ait d'abord été tenté d'arrondir quelque peu ses fins de mois. Il faut rappeller que le salaire que luil octroie l'Hotel Dieu de Lyon en 1532 est somme toute assez misérable (quarante écus). Mais quoi écrire ? Et quel sera son style et son public ? JEAN-YVES POUILLOUX professeur à l'Université de PAU, grand spécialiste de Rabelais, montre bien dans ses préfaces reproduites ici (avec son aimable autorisation) cette évolution de l'écriture de Rabelais. A partir du Pantagruel, premier ouvrage de fiction dont l'objectif est de plaire à un public déjà conquis d'avance par le thème du géant, Rabelais va se forger un style, trouver un public, bref constituer une oeuvre. Il avait déjà publié "Les Lettres Latines" de Manardi et les "Aphorismes" d'Hippocrate avant son GARGANTUA. Mais l'auteur se cherchait. Par touches successives, il va se trouver.
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LA PROTECTION DU PRINCE
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omment vivre quand on souhaite devenir un intellectuel lettré au seizième siècle ? Sauf à être soi-même un riche seigneur, il n'y a à l'époque de Rabelais, aucune chance de survivre dans l'étude et pour l'étude en dehors des emplois que l'Eglise peut offrir. Il n'existe pas d'Etat providence, de Bourse institutionnelle, ou de poste permettant à un lettré laÏc de développer sa recherche et son savoir. Le désir d''accès aux oeuvres de l'esprit et de tranquilité de vie mènent donc automatiquement vers l'état ecclésiastique. Celui de professeur à l'université n'est pas non plus fait pour les agnostiques, et la doxa des maîtres théologiens de Sorbonne règne sur tous les enseignements, au point d'en interdire certains (le Grec et l'Hébreu, par exemple). Rabelais et Erasme comprennent vite ce que l' état avantageux de moine comporte de compromissions et de dureté.
Pour l'intellectuel de la Renaissance, il n'y a donc qu' un seul salut : le soutien du PRINCE.
Lui seul peut fournir des postes, protéger contre les poursuites éventuelles, créer des écoles où permettre d'enseigner ce qui est interdit ailleurs. Erasme s'attachera aux grands de toute l'Europe, et plus particulièrement aux Anglais. Rabelais trouvera dans les frères DU BELLAY les fidèles protecteurs et "pourvoyeurs de phynance" qui lui font cruellement défaut. Son succès littéraire, son invention de la langue, son impertinence, c'est beaucoup à eux deux qu'on les doit. Sans eux Rabelais serait peut-être resté un bon médecin, un moine savant et inconnu, ou une victime de plus de l'acharnement du sombre BEDA.
Mais l'environnement étant ainsi posé, laissons la place aux oeuvres, et à leur docte commentaire.
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