FRANCOIS RABELAIS : 1494 - 1553


MOINE - HUMANISTE - MEDECIN - ECRIVAIN
Héros de la littérature Française, Rabelais connaît le sort singulier d'être aussi connu des universitaires que des lecteurs de romans de gare. Ce phénomène n'est pas sans raisons, dont la première tient au fait qu'il a su incarner à travers ses héros littéraires le sens bien français d'une certaine démesure. Démesure dans le physique du géant Gargantua, démesure de la table et des mets qu'il engloutit. (La Table, c'est sacré en notre douce france) .Démesure d'un personnage hâbleur bien de chez nous, un peu titi parisien, un peu mauvais garçon, en la personne de Panurge. Dépense et démesure. Dépense de mots inventés, dépense d'énergie des protagonistes, démesure des quantités. Sur ce fond de réthorique gigantale en court une autre, plus cachée, qui fait de l'écriture de Rabelais un veritable jeu de rébus renvoyant à toute la littérature gréco-latine connue à l'époque. Et ces renvois vers des textes plus sérieux et plus préoccupés de philosophie créent un choc qui n'a pas seulement pour fonction de nous mettre à distance de toute théorie dogmatique. Elles imprègnent et baignent l'oeuvre jusqu'à en torpiller l'aspect simplement ludique. Les théologiens de Sorbonne ne s'y tromperont pas qui condamneront cet empêcheur de dogmatiser avec sérieux les choses de la vie et censureront ce gai phraseur de choses philosophales.
Mais qui était-il donc pour en arriver là ?

JEUNESSE DE RABELAIS
1494 : Naissance de RABELAIS à LA DEVINIERE, propriété près de CHINON, Son père est licencié en droit, avocat au siège royal de CHINON, sénéchal de LERNÉ et fut même sénéchal de Gaucher de Sainte-Marthe, avec lequel il eut un différend.
De1509 à 1519 RABELAIS est novice au couvent de La Baumette, près d'Angers, où il apprend le latin et le grec. Il rencontre peut-être les frères Du Bellay, qui jouèrent un si grand rôle dans sa vie par la suite, et Geoffroy d'Estissac futur evêque.
Moine franciscain en 1520 au couvent des Cordeliers du Puy-Saint-Martin, près de Fontenay-Le Comte, en Poitou, RABELAIS y fait la connaissance de Pierre AMY, grand helleniste, ami de Budé, le bibliothécaire du roi.
Entre1521 et 1523 RABELAIS poursuit des études de Grec. Il doit faire venir les livres d'Italie à grands frais. Correspondance avec BUDÉ (4 Mars 1521). Doctes réunions à LIGUGÉ, chez TIRAQUEAU. Il a 27-28 ans
Tout semble aller bien pour cet érudit qui a trouvé dans la réclusion monacale le moyen de travailler et d'étudier. Beaucoup d'autres ont vécu cette vie avant lui. On ne peut d'ailleurs qu'être frappé par la similitude du parcours entre ERASME et Rabelais : notre moine s'oriente-t-il vers une carrière de savant reclus ? ou va-t-il devenir un héros de l'humanisme européen ? Un Erasme français ?


CONFISCATION DE SES LIVRES DE GREC
En 1524 se déroule l' évènement qui fait sans doute office de ''déclencheur'' chez le personnage Rabelais. On lui retire ses livres grecs. Autant dire qu'on lui retire toute raison de vivre une vie de moine. Les supérieurs des Cordeliers du Puy-Saint-Martin près de Fontenay-le-Comte ont effectivement reçu l'ordre venu de la Sorbonne: le Grec est Interdit par l'Eglise de France.
Soutenu par BUDÉ et par Geoffroy d'Estissac, évèque de Maillezais. RABELAIS passe chez les Bénédictins. Confirmé par le pape CLEMENT 7 (indult). On lui restitue ses livres grecs un peu plus tard. Mais la leçon était bonne. Il devient secrétaire de Geoffroy d' Estissac qu'il accompagne à travers le Poitou. Nouvelle similitude avec Erasme, qui avant lui avait trouvé un Evêque protecteur qui lui permettra de se révéler à lui-même. Maintenant Rabelais fait partie du cénacle des lettrés de LIGUGÉ, résidence de son protecteur et mécène. Il l'accompagne aux alentours. Le monde se découvre à lui dans sa diversité et sa réalité . Il se sent pousser des ailes....

L'ETUDIANT VAGABOND
En 1527 RABELAIS quitte le Poitou pour errer à travers la France. Il a 33 ans
On perd sa trace pendant deux années (1528-1529). Mais ses ouvrages et quelques éléments permettent de penser que RABELAIS va s'arrêter dans les villes universitaires. (Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Valence, Bourges, Orléans, Angers, Paris)
Abel LEFRANC, grand spécialiste de RABELAIS pense qu'il est à Paris en 1528. S'il est à Paris, il loge sans doute à l'hôtel Saint-Denis, rue St André des Arts, où il jette son froc aux orties, pour se mêler aux "escholiers" de la Montagne Ste Genevieve, assister aux disputations de la Sorbonne et des Ecoles. On peut surpposer qu'il y fait là la connaissance d'une jeune veuve, dont il aura par la suite deux enfants.Certains voient cet épisode plus tardivement, lors de son séjour à Lyon.
En 1530 RABELAIS s'inscrit à la faculté de Médecine de Montpellier. Il lit HIPPOCRATE et GALIEN dans le texte grec, et obtient un grand succès public en dénonçant les contresens de la traduction latine. Inscrit le 17 Septembre, il est bachelier le 1er Novembre. (ce qui est très rapide, et pourrait laisser supposer qu'il a déjà commencé ses études à PARIS)
MEDECIN A LYON
Rabelais s'installe à LYON, capitale de la Renaissance. Il fait publier chez GRYPHE les LETTRES LATINES de Jean Manardi, médecin de Ferrare, précédées de La LETTRE A TIRAQUEAU, satire contre les imbéciles.
Il lance le premier "livre de poche" médical avec LES APHORISMES d'Hippocrate dans un format miniature.
Second séjour possible de RABELAIS à PARIS entre Novembre 1531 et Mai1532
Le 1er Novembre 1532 Rabelais est nommé médecin du Grand Hôtel Dieu de Notre Dame de Pitié du Pont du Rhône.. C'est un emploi intéressant et reconnu, mais le salaire est misérable: Quarante Livres par an. Il a obtenu ce poste grâce à ses relations acquises dans les milieux lyonnais, notamment Sebastien MONTECUCULLI.
Le 3 Novembre 1532 paraissent à la Foire de LYON "Les horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé PANTAGRUEL, Roi des Dispsodes, fils du grand géant GARGANTUA " d'un certain ALCOFRIBAS NASIER. Il est publié par l'imprimeur Claude NOURRY, dit le PRINCE
Le 30 Nov 1532 Rabelais écrit une lettre à ERASME. ERASME c'est son modèle de liberté et d'écriture, qui publia " l'éloge de la folie", et les "adages", deux succès de librairie de l'époque.
ERASME ne semble pas y avoir répondu.
A Lyon RABELAIS fait la rencontre d'Etienne DOLET et de Mellin de SAINT-GELAIS (poètes). Il fréquente aussi l'humaniste Salmon MACRIN (poète de vers Latins) , et le médecin Hubert SUSSANNÉE. Ceux-ci sont des protégés de l'évêque de Paris, Jean DU BELLAY (le troisième des frères DU BELLAY), Tout ce petit monde fait la fête lors des séjours du roi FRANCOIS 1er et de toute sa cour, en partance pour les campagnes d'Italie..
Le 23 Octobre 1533 BEDA et les Théologiens de la Sorbonne condamnent le PANTAGRUEL. Fort heureusement pour Rabelais, le roi fait enfermer BEDA au Mont St Michel avec quelques docteurs de Sorbonne suite à leur attaque des Lecteurs Royaux.Le vent souffle du côté des Humanistes. Mais RABELAIS n'aura pas toujours cette chance.


LES VOYAGES DIPLOMATIQUES
EN Janvier 1534 Jean du BELLAY est chargé d'une mission par François 1er auprès du pape CLEMENT 7 . Cette mission est d'obtenir l'annulation du mariage du roi Henri 8 d'Angleterre. Il passe à LYON en direction du mont Cenis et emmène RABELAIS à ROME où ils arrivent début Février.
Rabelais a le projet d'une " TOPOGRAPHIE DE LA ROME ANTIQUE". Mais le Milanais MARLIANI le devance. Rabelais en publiera la traduction à Lyon dès son retour en Mai.
En Aout 1534 à la foire de LYON, RABELAIS fait publier le GARGANTUA.
Le 13 Février 1535 il quitte Lyon, car la publication du GARGANTUA coïncide avec l'affaire des placards. Cette fois le vent tourne dans l'autre sens. Il se réfugie peut-être chez l'évêque de Maillezais.
Le roi sévit contre les protestants. Exécutions de 20 Luthériens
en Avril-Mai 1535 RABELAIS revient à LYON pour rejoindre Jean DU BELLAY, nommé cardinal, qui se rend à nouveau à ROME. Sur le chemin, à Ferrare, il rencontre Clément MAROT. Il obtient un "indult" du pape pour avoir apostasié afin de devenir médecin. Il est en effet interdit aux ecclesisatiques (et aux hommes mariés) d'exercer la profession de médecin.
En fait, RABELAIS souhaite revenir à la vie religieuse, plus sûre.
Afin d'obtenir une rente stable, il tente d'obtenir de DU BELLAY une place de moine à l'abbaye Bénédictine de St Maur-Les-Fossés. Mais les chanoines adressent une lettre de protestation au pape. RABELAIS envoie une supplique à ROME. Il obtient gain de cause et repart pour une vie errante.


SUCCES DE MATURITE
Juin 1536: RABELAIS assiste à Paris aux préparatifs de défense organisés par Du BELLAY contre Charles Quint.
Aout 1536: RABELAIS rencontre Etienne DOLET à LYON / Mort d'ERASME
En Février 1537 un grand banquet à Paris réunit les humanistes sous la présidence de Guillaume BUDÉ. Ils fêtent la lettre de pardon octroyée par François 1er à Etienne DOLET, coupable d'un meurtre à LYON (légitime défense, mais improuvable) du peintre COMPAING en 1536
Avril 1537: RABELAIS prend ses derniers grades (cours ?) à Montpellier,
Le 22 Mai il est reçu au doctorat et reçoit ses insignes de médecin( voir MEDECINE)
Il dissèque le cadavre d'un pendu à LYON.
Le 27 Septembre 1537 il prend part à l'assemblée solennelle de la Faculté de médecine de Montpellier. Il donne un cours d'Octobre à Mars et choisit les pronostics d'Hippocrate, dans le texte grec, et fait une leçon d'anatomie.
EnJuillet 1538 RABELAIS assiste à l'entrevue d'Aigues-Mortes entre François 1er et Charles-Quint et regagne Lyon. Ce rapprochement sonne l'échec de la politique de DU BELLAY.
Trou biographique entre Juillet 1538 et 1539 (Abel LEFRANC parle de 1540)
En 1539 Il retourne en Italie à TURIN, où Guillaume du BELLAY, seigneur de Langey, frère du cardinal, est nommé gouverneur du PIÉMONT. RABELAIS y fait venir son fils naturel, (THÉODULE ?) , qui meurt à l'âge de deux ans.
A TURIN, il s'occupe de la bibliothèque de médecine, de lettres anciennes et de botanique. Il soigne Guillaume du BELLAY qui est malade.
Le 10 Janvier 1539 la mort de Guillaume du BELLAY près de ROANNE, fait perdre à RABELAIS un de ses précieux soutiens mais aussi un de ses amis proches. La messe de funéraille a lieu au Mans.


Passant par LYON en 1541, RABELAIS fait préparer par son imprimeur-éditeur François JUSTE une nouvelle édition du PANTAGRUEL et du GARGANTUA, où il remplace "SORBONAGRE" et " SORBONICOLE" par "SOPHISTE". Mais la Sorbonne renouvelle sa condamnation.
En 1542 Etienne DOLET installé à LYON comme imprimeur fait paraître à l'insu de RABELAIS une édition du texte primitif. Les anciens amis se querellent.
Le 9 Janvier 1543 Rabelais est nommé Maître des Requêtes.
Septembre1545: RABELAIS obtient un privilège du roi pour la publication du TIERS LIVRE
1546: Le TIERS LIVRE paraît chez Christian WEDEL en 1546. Il est dédié à Marguerite de NAVARRE. Mais le TIERS LIVRE est poursuivi et condamné.
Mars 1546: RABELAIS doit se réfugier à METZ où il est conseiller-médecin de la ville (cent vingt Livres par an) , et manque cruellement d'argent.
1547: RABELAIS revient à Paris.
3 Mars 1547 : Mort de François 1er. RABELAIS repart pour l'Italie avec Jean du BELLAY, nommé à la surintendance générale du royaume en Italie, maintenu comme ministre par HENRI 2. Passant par LYON, il remet à Pierre de Tours (successeur de François Juste) onze chapitres du Quart Livre, qui paraissent en 1548.
Février(ou) Mars1549: Grande fête nautique sur le Tibre, donnée par Jean Du BELLAY à ROME pour célébrer la naissance du second fils du roi, le duc d'Orléans. RABELAIS en parle dans la SCIOMACHIE, texte publié chez GRYPHE
1549: RABELAIS gagne à sa cause Odet de COLIGNY, cardinal de Chatillon, un des personnages influents du nouveau régime pendant le voyage qui les mènent à Rome pour le conclave en compagnie de De Guise.

DERNIERES ANNEES
6 Aout 1550: Le roi Henri 2 fait délivrer à RABELAIS un privilège pour faire réimprimer ceux de ses ouvrages qui avaient été "dépravés et déguisés, et pour faire imprimer la suite "....
18 Janvier 1551:Jean Du BELLAY lui fait obtenir deux cures: Saint-Martin-de-Meudon et Saint-Christophe-de-Jambet, où il ne se rendra jamais, mais dont il touche les revenus (c'est le sens du mot "Sinécure").
1551: RABELAIS termine le Quart Livre.
1552: paraît la fin du Quart-Livre, voyage d'îles en îles à la fois allégoriques et réelles. Le pape est attaqué, mais par malchance, le cardinal de Tournon, est en train d'arranger les choses entre le roi et le pape. La Sorbonne sévit aussitôt (Février 1552)
Des bruits courent selon lesquels RABELAIS serait emprisonné.
9 Février1553: RABELAIS résilie ses cures et meurt à PARIS début AVRIL . Il a soixante ans
1555: Parution des "SONNETS" de Louise LABBÉ
1562: Parution de "L'Isle sonante"
1564: Parution du "cinquiesme et dernier livre" dont la paternité Rabelaisienne n'est pas sûre


Oeuvres de RABELAIS :
"L'epistolarum medicinalium (les lettres médicinales) du médecin italien Manardi 1532
"les Horribles et Espouvantables Faicts et Prouesses du très renommé Pantagruel, roy des Dipsodes, fils du grant Gargantua" 1532
" Topographie de l'ancienne Rome", de Marliani - 1534.
"la Vie très horrifique du grant Gargantua, père de Pantagruel" - 1535
"le Tiers Livre des faicts et dicts héroïques du bon Pantagrue" - 1546
"la Sciomachie et Festins faits à Rome" - 1549
"Le Quart Livre" - 1552
"Cinquième et dernier livre de Pantagruel" (posthume) - 1564
Bibliographie
"Renaissance et Réforme" de Jules Michelet Coll Bouquins, Editeur :Robert LAFFONT 1982
"Chronique de la France moderne, le 16ème Siècle" de Joel Cornette Editeur : SEDES 1993
"ERASME" Oeuvres choisies + correspondance Coll. Bouquins Editeur Robert LAFFONT 1992
"RABELAIS" Oeuvres Complètes Collection La Pleiade Editeur Gallimard
"Etudes su Gargantua, Pantagruel, le Tiers Livre" d' Abel LEFRANC Edteur : Albin Michel 1953
"RABELAIS" de Michael SCREECH Editeur: Gallimard 1992
"Les Acrobaties de l'esprit selon Rabelais " d'André TOURNON Editeur: Honré CHAMPION
"Rabelais : rire est le propre de l'homme" de Jean Yves POUILLOUX - Gallimard Jeunesse 1993

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