IGNACE DE LOYOLA : 1491 - 1556


MYSTIQUE - ECRIVAIN - "SOLDAT DU PAPE" ET FONDATEUR DES JESUITES

Autre personnage digne d'une fiction qu'Ignace DE LOYOLA. Si Noel BEDA endosse dans ce demi siècle français le rôle du chef des forces de l'Ombre, LOYOLA se situe à priori à son côté. Mais avec une nuance de taille : Ignace est un fou de Dieu, un homme de foi, un combattant, et pas un homme d'appareil ou de pouvoir. Un "Allumbrado", un enflammé comme disent les espagnols. Et grâce à cette foi renouvellée, épurée, Loyola devient le porteur du message et d'une méthode qui vont être le fer de lance de la Contre-Réforme. Il est donc sans le dire un opposant interne aux mandarins et aux discours dépassés de BEDA et de cette Eglise qui s'arqueboute en résistant aux évolutionnistes de la Réforme.
LOYOLA aura l'habileté de ne jamais se déclarer comme tel, tout au contraire. Cette humilité fera la fortune de sa doctrine auprès du Pape.

LES ANNÉES D'APPRENTISSAGE
Né en 1491, INIGO DE LOYOLA est un basque. D'abord jouisseur des plaisirs de la vie jusqu'à vingt-six ans, il est aussi un militaire " possédé d'un vain et grand désir de gagner de l'honneur " comme il le dit lui-même. Sa vocation religieuse sera tardive. Orphelin à quatorze ans, il est envoyé à la cour du trésorier général deCastille, à AREVALO, chez Don Juan VELASQUEZ. En 1515, il est de retour dans sa ville de LOYOLA, et se trouve impliqué dans une affaire grave Meurtre ? Viol ? Vol ? nul ne saura.
L'affaire est si grave qu'il s'enfuit à Pampelune pour se livrer au tribunal ecclésiastique. Il est mis en prison peu de temps et rejoint le vice-roi de la province de Navarre, que Ferdinand le Catholique a prise aux d'Albret.
En 1521, PAMPELUNE est menacée par les troupes de François 1er. INIGO résiste farouchement en un baroud d'honneur. Sa jambe est brisée par un boulet français. La blessure est grave et il est mal soigné. Il faudra lui briser l'os par deux fois. Toute sa vie, INIGO sera affligé d'une claudication. ( Tout comme BEDA ).
Sur son lit de malade, il lit LA VIE DU CHRIST et LA LEGENDE DORÉE. Il rêve de se rendre pieds nus jusqu'à JERUSALEM.


UN GRAND MYSTIQUE
A MONTSERRAT, chez les BENEDICTINS, INIGO enfile la bure. Il mendie, se laisse pousser cheveux et ongles. Les outrances nuisent à sa santé. Sa quête de Dieu le conduit à l'obsession du suicide. Une année se passe. Un jour, sur le chemin qui domine un torrent, il a une "illumination". Il réfléchit et écrit.Ce sera la première ébauche écrite de ses "EXERCICES SPIRITUELS".
A la mi-Février 1523, il s'embarque à BARCELONE. Il se rend d'abord à ROME pour obtenir la bénédiction du Pape. Partant de Venise, il tombe malade. Arrivé à Rome, il est pourtant subjugué par la cité sainte. De retour en Espagne, sa décision est prise : il veut communiquer son expérience mystique, trouver des hommes prêts à vivre pauvres comme lui pour annoncer l'Evangile.Il décide d'étudier.

ACCUSÉ D'HERESIE ET ETUDIANT
IGNACE reste deux ans à BARCELONE, puis s'inscrit à l'Université d'ALCALA. Il y fait la connaissance de trois jeunes gens qu'il enflamme avec son projet. Le petit groupe, qui comporte un français se fait remarquer, notamment par les vêtements qu'ils portent: ces "robes grises" inquiètent l'INQUISITION. Ils sont arrêtés, mis en examen. Les "robes grises" devront s'habiller comme les autres clercs. INIGO se rend alors à SALAMANQUE. Il y est arrêté, suspecté d'hérésie, jeté aux fers (vingt-deux jours). On luil interdit de parler de théologie en public avant d'avoir les diplômes requis. Soit. Il fera sa theologie, s'il le faut..
Il quitte l'Espagne pour Paris, la grande ville universitaire de l'Europe chrétienne.

LA VIE PARISIENNE
Quatre mille étudiants, une cinquantaine de collèges, en principe la meilleure Université d'Occident. En réalité la Sorbonne est un monstre de formalisme et on y diffuse un enseignement scholastique et dépassé. Dès son arrivée à Paris, INIGO change son prénom en IGNACE, et s'inscrit au collège MONTAIGU, dont la discipline fut critiquée de façon virulente par ERASME et par RABELAIS. ( Montaigu où presque tous les personnages importants de ce demi-siècle vont passer) . Il habite l'hôpital St Jacques et doit mendier sa nourriture. Pendant le carême de 1529 il va quêter en Flandres auprès de riches marchands espagnols. En 1530, il pousse jusqu'à Londres toujours dans le même but. Inscrit comme étudiant payant, il est interne. Il partage sa chambre avec le savoyard Pierre FAVRE, et un gentilhomme navarrais, Francisco de Jassu y Xavier (SAINT FRANCOIS XAVIER).
En 1532, IGNACE est bachelier et se fait inscrire à l'Université.
Le 14 Mars 1535, il reçoit le grade de "maître devant la très illustre Faculté des Arts de PARIS". Il réunit autour de lui sept compagnons, dont Jacques LAYNEZ, et Alphonse SALMERON. Ensemble, il adoptent un mode de vie austère prônant pauvreté et chasteté et se réunissent pour des "colloques spirituels". Ils décident qu'à la fin de leurs études ils iront à JERUSALEM, ou se mettront à la disposition du "Vicaire du Christ", à ROME.
Enfin, ils choisissent de devenir prêtres.

LA COMPAGNIE DE JESUS
L
e 15 Août 1534, ils se dirigent tous ensemble vers la butte MONTMARTRE. A mi-pente, dans l'abbaye St Pierre, se trouve une chapelle dédiée à St Denis. Dans la crypte les compagnons se réunissent et prononcent leurs vœux lors d'une messe privée. Ils y font promesse de pauvreté, de chasteté, se donnent pour tâche l'instruction des enfants et des pauvres et jurent une obéissance spéciale au Pape dans le cadre des missions qui pourraient être confiées par lui.
Le 25 Mars 1535, IGNACE quitte ses compagnons pour l'Espagne. Le groupe des parisiens se dirige via Venise versJérusalem. Mais ils ne peuvent embarquer car aucun bateau ne quitte Venise. Ils décident alors de se retrouver tous à ROME. Sur le chemin, ils prennent pour nom LA COMPAGNIE DE JESUS. Une rumeur d'hérésie les a précédés à dans la ville papale. En novembre 1538, après interrogatoire, cette accusation est écartée. Les compagnons sont reçus par PAUL III et ils s'offrent à lui pour être envoyés là où le Pape jugera bon de les envoyer. En 1539 ils délibèrent sur l'avenir du groupe qui ne compte que dix membres. IGNACE rédige les premiers statuts. PAUL III approuve ceux-ci verbalement. Le 27 Septembre 1540, il signe une bulle (REGIMINI MILITANTIS) qui ratifie les statuts de l'Ordre. C'est le début d'une aventure spirituelle autant qu'humaine, qui va compter dans l'histoire de l'Eglise. Elle coincide en effet avec les découvertes des autres continents, et en particulier l'Amérique et l'Asie. Les Jésuites seront souvent les premiers à mettre le pied sur des terrains hostiles. Beaucoup le paieront de leur vie.

AD MAJOREM DEI GLORIAM
"Pour la plus grande gloire de Dieu" est la devise des Jésuites.On pourrait rajouter : "et du Pape". Elle ne laisse aucun doute sur le degré d'engagement pour leur cause. En aout 1539, le roiJoao III du Portugal, prie Mascarenhas, son ambassadeur au vatican de demander au Pape des missionnaires compétents et dévoués. Paul III se tourne alors vers Ignace qui désigne Rodriguez et Bobadilla. Au moment du départ Bobadilla est malade et c'est François Xavier qui le remplace. L'Asie, continent inexploré est là. D'un bout à l'autre il le traverse en prêchant. Mais l'immense Chine reste impénétrable. En Amérique du Sud, les Jésuites s'opposent aux Dominicains, et fondent une république indienne, qu'ils organisent selon des préceptes que n'aurait peut être pas rejeté l'Utopiste Thomas More, l'ami d'ERASME. Cette affaire se termine mal, les structures religieuses et Royales voyant d'un oeil effaré cette expérimentation sociale en avance de plus de trois siècle sur la théologie de la libération (Gustavo Guttierez 1971).
Un des griefs qu'on leur fait à la Renaissance, vient aussi de la doctrine écrite par le Jésuite espagnol Mariana, dans son traité "De Rege" (publié en 1599), où il affirme qu'il est permis de tuer les rois quand ils sont des tyrans. Mais il faut reconnaître à la décharge de Mariana, que cette idée révolutionnaire court déjà dans le siècle bien avant lui: c'est celle d'un certain nombre de protestants (Théodore de Bèze, par exemple) et de d'Humanistes favorables à la Réforme. C'est ainsi que l'ami de MONTAIGNE, Etienne de LA BOETIE, est édité en 1576 avec le méconnu et révolutionnaire "Discours sur la Servitude Volontaire". Est-ce un hasard ? Les Jésuites sont impliqués dans une première tentative de meurtre d'Henri IV au moment de sa prise de pouvoir à Paris. Ils sont expulsés, mais reviennent peu après.
Rien de les arrête cependant. Confesseurs des élites, créateurs d'écoles, de centres de formation et d'universités pour les cadres des nations européennes, précepteurs des futures têtes couronnées, découvreurs et prêcheurs des peuples nouveaux, leur puissance fait des envieux Leur voeu spécial de fidélité et d'obéissance au Pape les place de plus en plus en conflit avec les dirigeants des Etats Nations qui n'entendent plus êtres contrôlés par Rome. Ce qui va sceller leur déclin. Mais plus tard.

LES EXERCICES SPIRITUELS
Recueil personnel sur des techniques expérimentales de renforcement de la foi, les Exercices ont été rédigés par Loyola durant une bonne partie de sa vie. Ecrits, réécrits, remaniés en fonction de ses propres expériences, c'est un ouvrage presque étrange d'un point de vue contemporain. Ignace y donne des formules, des règles, des recettes organisées en "Journées" afin de s'approcher le plus possible de DIEU. "de le Flairer", dit Michelet, qui ne l'aime pas (il écrivit un ouvrage contre les Jésuites avec Edgard Quinet en 1843) .Et contre les principes d'autorité de la foi des anciens et de BEDA, Loyola oppose celui de l'expérience personnelle, unique, de la SENSATION. Dieu n'existe pas seulement parce que les Pères de l'Eglise et toute la cohorte des Saints l'attestent, dit Ignace. Il existe parce que je peux le SENTIR, le voir, le toucher, éprouver sa souffrance. Il y a chez Loyola la compréhension de la force de l'évocation, de la puissance de l'émotion. Ce qui explique sans doute l'amour du Théâtre chez ce metteur en scène de sa propre Passion. Le fait mérite d'être remarqué : les Jésuites seront les premiers à enseigner cet art dans leurs écoles, alors que l'Acteur était un excommunié de l'Eglise dans les siècles précédents.


Bibliographie
"les EXERCICES SPIRITUELS" d'Ignace de Loyola Coll. POINTS SAGESSE Editeur Le SEUIL 1982
"Autobiographie" d'Ignace de Loyola Coll Le Puits de L'Ermite Editeur Le SEUIL 1982
"Renaissance et Réforme" de Jules Michelet Coll Bouquins, Editeur : Robert LAFFONT 1982
"LesJESUITES" de Jean LACOUTURE ( 3 tomes) Edition du SEUIL 1991
"Les JESUITES, histoires de pouvoirs" de Alain WOODROW Collection PLURIEL chez JC LATTES 1984
"Des Jésuites" ouvrage anti-jésuites écrit par Jules MICHELET et Edgard QUINET, édition originale chez Hachette en 1843, réédité chez PAUVERT en 1966

Droits de Reproduction et de Diffusion réservés. Ce texte est prévu pour une utilisation strictement personnelle (Voir Mentions Légales ) Il ne peut être reproduit, copié, déposé sur un autre site ou un serveur sauf accord des auteurs et du producteur.
© Renaissance-France.Org 2002