GUILLAUME DU BELLAY : 1491 - 1543

JEAN DU BELLAY : 1498 - 1560


DIPLOMATES DE FRANCOIS 1er
&
PROTECTEURS de François RABELAIS
La famille Du Bellay est une de ces illustres familles de l'aristocratie qui va donner à la France des hommes dont le nom et l'oeuvre restent dans la mémoire et dans les textes. Ses ancêtres connus remontent à Hugues Capet et elle est orignaire d'une bourgade près de Saumur. Génération après génération, et comme il est d'usage dans la noblesse, ses fils sont soit militaires, soit prélats et, accessoirement, hommes de lettres. Il n'est pas question de déroger à la tradition sous François 1er, et Guillaume, Jean, René et Martin du Bellay porteront soit les armes soit la toge. La littérature sera un supplément d'âme pour ces hommes de pouvoir. Ce qui ne sera pas le cas de Joachim du Bellay, leur neveu, qui va laisser un nom et une oeuvre dans le domaine des lettres .
Les deux frères aînés Du Bellay, Guillaume et Jean, jouent un rôle important durant tout le règne de François 1er. Le Roi les apprécie etl les nomme au Consei.l Il les envoie comme ambassadeurs chagés de négociations délicates. La haute politique du Royaume est leur domaine. Mais contrairement au chancelier Duprat, soucieux avant toute chose de plaire et de durer au pouvoir, quitte à adopter les opinions dominantes du moment, les Du Bellay défendent des opinions politiques précises. Des opinions progressistes, qui vont du côté des humanistes, de la Réforme, et des hommes désireux de transformer ce monde poussièreux du Moyen Age finissant. Evidemment, et ce n'est pas un hasard, Guillaume et Jean seront les indéfectibles soutiens de François RABELAIS. L'écrivain va ainsi les accompagner dans leurs voyages et leurs ambassades, faisant office de secrétaire particulier ou de médecin. Ils le protègeront des foudres de Noel BEDA et de la Sorbonne, et Jean, devenu cardina,l lui assurera une retraite paisible pour ses vieux jours à la cure de Meudon.

GUILLAUME DU BELLAY

UN SOLDAT
Né en 1491, Guillaume est l'aîné des quatre fils Du BELLAY. Il est donc l'héritier du nom et du domaine des Langey. Sa carrière sera celle d'un soldat puis d'un diplomate. Il passe ses grades es Arts à Anger et Paris, où il réside de 1506 à 1509. A la cour du roi il devient un proche du duc de Vendôme qui le prend sous sa protection. Comme soldat il est envoyé en Flandres en 1515. Mais il est aussi à Marignan quelques mois plus tard.


SPECIALISTE DES AFFAIRES ITALIENNES
Il va rester cinq années en Italie au service du Duc. On le retrouve ensuite dans le nord de la France lors de la prise de Hesdin, campagne qu'il fait toujours en compagnie du duc de Vendome. En 1524 il est nommé gentilhomme de la chambre du roi et reste avec la régente Mère du Roi, Louise de Savoie, après le départ de François 1er pour l'Italie en 1525. Il mène une mission secrète pour elle en Sicile et chez les Turcs à Tunis. Il prend part à la bataille de PAVIE, où il est fait prisonnier. Fort heureusement, il est racheté aussitôt à ses geôliers par ses valets, comme il était de coutume dès le lendemain des batailles (voir guerre). Nouvelle mission pour Louise en Italie et au Levant, et tentatives infructueuses de faire évader le roi de sa prison de Pizzighitone. Il se rend à plusieurs reprises à Madrid pour le voir après son transfert en Espagne. Le 17 Mars 1526 il est dans la suite de la Reine mère et des petits princes pour accueillir François 1er après son passage de la Bidassoa et l'échange de ses enfants. Lors de la création de la Sainte Ligue contre Charles Quint, GUILLAUME est envoyé auprès des Suisses, des princes Italiens et de Venise, dans le but de soutenir moralement et financièrement l'alliance. Il se trouve à Rome auprès de Clement VII lorsque le Connétable de Bourbon arrive devant la ville sainte avec son armée incontrolable de Lansquenets allemands. Il fait le coup de feu avec 25 compagnons français pour repousser les assauts lancés contre le chateau St Ange où s'est réfugié le Pape. Celui-ci s'échappe et il se rend le 5 Juin 1527. Mais GUILLAUME quitte libre l'Italie et rejoint Andrea DORIA qui organise et dirige avec Renzo da Ceri la flotte qui doit bloquer et permettre de prendre Naples dans une opération conjointe avec les troupes terrestres de LAUTREC. Cette maneuvre échoue à cause d'un différent entre les capitaines et probablement aussi une maladresse de psychologie de François 1er à l'égard de DORIA.


AMBASSADEUR DE FRANCOIS 1er
Guillaume est apprécié pour ses qualités de soldat et de négociateur. Le roi l'envoie en ambassade en Angleterre où il arrive le 9 Mars 1529. Comme son frère JEAN, il entretient d'excellents rapports avec le cardinal WOLSEY. De retour à Paris, il est dans la suite de la reine mère qui signe la fameuse "paix des Dames" à Cambrai le 3 Aout. Il est renvoyé en Angleterre afin de mettre le roi Henri VIII au fait de l'accord passé avec l'Empereur. Henri VIII lui demande alors d'intervenir auprès du Pape pour obtenir le divorce avec Catherine d'Aragon. GUILLAUME rentre en France. De retour en Angleterre, il obtient des concessions qui concernent les clauses financières du traité de Cambrai. De retour à Paris, les DU BELLAY se consacrent ensemble à la cause du divorce d'Henri VIII. GUILLAUME sollicite les avis des Universités, pression sur les docteurs en théologie, et obtient le 2 Juillet 1530 un jugement en faveur d'Henri VIII. C'est la porte ouverte au remariage du roi d'Angleterre, ce qu'il s'empresse de faire. Lui-même en fait autant le 12 Septembre 1531 et se marie avec Anne de Créqui. Leur union ne donnera pas d'enfant.

LES AFFAIRES ALLEMANDES
GUILLAUME est envoyé en Allemagne en Mars 1532 afin de renforcer l'alliance avec les princes contre l'Emprereur Charles Quint. A cette fin, il puise dans le trésor royal afin d'acheter leur loyauté. Difficile en effet de faire coexister au sein de la même alliance un Duc de Bavière, fidèle à la religion catholique romaine et un Landgrave de Hesse, tourné vers le Luthéranisme. La manœuvre aboutit cependant au traité de Scheyern, et il repart pour Londres afin de mettre le roi Henri VIII au courant de cet aboutissement diplomatique. Il y prépare l'entrevue de Boulogne entre les deux rois (20 Octobre 1532). Il repart pour l'Allemagne afin d'assister à la Diète d'Augsbourg et obtient la dissolution de la Ligue Souabe sur laquelle Charles Quint comptait pour faire régner l'ordre dans le sud de l'Allemagne. Il tente de monter une autre ligue contre l'Empereur, soutenue financièrement par le roi de France.

PROCHE DE LA REFORME
L'affaire des Placards (1534) le surprend alors qu'il est en Angleterre. WOLSEY est déjà mort et la France n'a pas un très haut crédit à Londres. De retour à Paris il assiste impuissant aux exactions contre les réformés. Il en est d'autant plus désolé qu'il milite en faveur de la Réforme depuis le début de la crise religieuse. Et qu'il s'est largement engagé dans un travail de réconciliation entre les partis en tentant de faire venir à Paris Bucer et Melanchton pour des discussions. Mais BEDA comme Luther semblent trop opposés à tout compromis, et les extrêmes finissent par l'emporter, malgré le bon vouloir de François 1er. GUILLAUME est pourtant envoyé à la Diète de Smalkade le 11 Octobre 1535 afin de représenter le roi de France, et annoncer qu'il garantit la sécurité des adeptes de Luther. Les réformés allemands sont échaudés et méfiants : Du BELLAY n'obtient rien d'eux.


GOUVERNEUR DE TURIN
Retranché en Avignon en 1537 avec François 1er au moment de l'invasion de la Provence, GUILLAUME est envoyé en Italie pour une inspection, puis nommé gouverneur de TURIN. Il emmène avec lui François Rabelais, qu'il emmène dans sa suite comme médecin personnel. C'est son autre frère, MARTIN du BELLAY, à qui on doit l'écriture de ces fameuses "Mémoires" avec Guillaume, qui prend sa place comme gouverneur. GUILLAUME y revient pourtant en 1539. Il reste à ce poste où il fait preuve d'une grand humanité et d'une grande justice, jusqu'en 1541. On le décore à la cour de France, et il revient en Italie pour retrouver la guerre en 1542. Résistant autant qu'il peut à la pression des troupes impériales, il tombe malade. Le Maréchal d'Annebault prend le commandement des troupes françaises, et GUILLAUME en profite pour rentrer en France sur une litière, toujours en compagnie de son médecin et ami François RABELAIS. Il meurt sur sa route, près de Lyon, à St Symphorien-de-Lay le 9 Janvier 1543. Sa mort fut amèrement pleurée par notre écrivain qui le jugeait grand homme d'Etat et véritable Humaniste au sens moderne du terme. Son tombeau se trouve dans la cathédrale du Mans.


JEAN DU BELLAY

Jean du Bellay naît probablement vers 1498. Le plus jeune des quatre frères Du Bellay va d'abord faire ses études universitaires à Angers et au Collège de Navarre à Paris . On le retrouve ensuite à Orléans, la grande université de Droit de l'époque, où Berquin, Calvin, et sans doute Rabelais firent un séjour studieux. Privilège des grandes familles de la noblesse, Jean est nommé évêque de Bayonne en 1524, à l'âge de 26 ans, sans avoir véritablement une vocation religieuse. On ignore même s'il sera ordonné prêtre, mais Brantôme prétend par contre qu'il épousera secrètement Mme de Châtillon, préceptrice de la soeur du Roi.
Résidant à la cour sans avoir jamais vu son évêché, il est de manière paradoxale le type même de ces prélats contre lesquels les protestants lutheriens et calvinistes vont s'élever. Il est pourtant un des défenseurs actifs de la Réforme. Mais son militantisme relève plus de la défense de la nouveauté et de l' intelligence que du goût pour une foi rénovée et une hiérarchie simplifiée
Il est en liaison permanente avec son frère aîné Guillaume, qui mène diverses missions diplomatiques. Il va le suivre et le seconder dans cette voie. On ignore où il fait la connaissance de Rabelais - Est-ce jeune à l'école, est-ce à Paris, est-ce à Lyon ? les avis diffèrent. Mais c'est bien en sa compagnie qu'il effectuera deux voyages à Rome.

LES MISSIONS ANGLAISES
Jean devient conseiller du Connétable de Montmorency, et l'accompagne pour son premier voyage vers l'Angleterre en Octobre 1527. Sa mission consiste en une ambassade auprès d'Henri VIII, suite aux traités de Westminster. La guerre éclate en 1528 et Jean ne peut que constater le conflit d'intérêt entre la France et l'Angleterre. Ce conflit d'intérêt se cristallise dans une opposition aboutissant à la trêve signée le 15 Juin 1528. C'est un échec pour sa mission, et il en aura une certaine amertume. Proche du cardinal WOLSEY, il est chargé par celui-ci de soutenir sa candidature à la papauté auprès de François 1er. Mais les espoirs de Wolsey sont infondés et vains. En 1530 il est de nouveau à Paris où il retrouve son frère. Tous deux retournent à Londres pour une ambassade concernant l'entrevue entre les deux rois à Calais. C'est lors de cette entrevue qu'Henri VIII doit présenter Anne Boleyn officiellement à François 1er. Le 25 Septembre 1532 l' Evêque de Paris décéde . FRANCOIS 1er nomme JEAN à sa place comme le concordat lui en donne le pouvoir. Jean du Bellay est à Marseille en Octobre 1533 pour accueillir le Pape Clement VII au nom de l'Eglise de France. Le Pape apprécie ses qualités diplomatiques et ses introduction auprès de la cour anglaise. Il lui demande d'intervenir auprès d'Henri VIII dans l'affaire de sa demande de divorce. La mission de du Bellay consiste à demander au roi de patienter sans rompre avec la Papauté. Passant au retour par Paris, Jean est chargé par François 1er de tenter de trouver un terrain d'entente avec le Pape, et de soutenir Henri VIII. A Rome, Jean demande que l'excommunication prononcée contre le roi d'Angleterre soit retirée. Il reste dans la ville sainte jusqu'au procès lors duquel il tente de plaider la cause de la modération, et d'empêcher les cardinaux de confirmer la sentence d'excommunication. En vain, puisque celle-ci est prononcée par 19 voix contre trois.

UN CARDINAL DIPLOMATE
Ses bons rapports avec Henri VIII l'empêchent d'accéder à de plus hautes responsabilités ecclesiastiques sous Clement VII, mais dès sa disparition, Paul III lui accorde la barette, à la demande de François 1er. Le 21 mai 1535 il est fait cardinal. Le roi de France l'envoie à Rome où il tente de plaider la cause d'un compromis avec les Luthériens allemands avec lesquels il a lui-même de bonnes relations. Avec Guillaume, il a eu à plusieurs reprises des discussions avec Bucer et Melanchton. Mais il semble que l'intransigeance de Luther ait empêché un rapprochement que le roi de France souhaitait fortement. Il presse le Pape de réunir un concile, et, mission beaucoup plus difficile, il tente d'expliquer la politique de rapprochement avec les Turcs menée par François 1er. La guerre contre l'Empereur devant reprendre, il quitte secrètement Rome pour Lyon et reprend du service auprès de Montmorency afin d'assurer les relations étrangères . Dès l'entrée des troupes de l'Empereur Charles Quint en france, il a la responsabilité de la défense de Paris, endossant la charge de Lieutenant Général au Gouvernement de Paris et de l'Ile de France. Il fait renforcer les bastions, remonter les murs, lève une milice bourgeoise de 40 000 hommes. Il n'aura pas à combattre : l'ennemi s'arrête presqu'aux portes de la ville. Il entre au conseil du Roi en Janvier 1537.

UN PRINCE DE L'EGLISE
Certains auteurs estiment que JEAN du BELLAY n'est pas le prélat désintéressé et utopiste dont l'image se révèle à la lecture de l'historien Michelet. L'homme sait défendre âprement ses intérêts et accroître son bien. On lui accorde les diocèses de Limoges et de Bordeaux en remerciement des services rendus. Son frère aîné René se démet à son profit de la charge de l'évêché du Mans, et il est couvert d'autres bénéfices et de multiples abbayes - dont celle des Îles de Lerins- ce qui renvoie peut-être à cet énigmatique "calloyer des iles d'Hyeres" qualificatif humoristique que se donne François Rabelais en introduction du Tiers Livre. D'autres missions diplomatiques lui sont confiées vers l'angleterre ou l'allemagne. Elles avortent ou n'aboutissent pas. Et François 1er finit par mourir le 1er Mars 1547. Le nouveau roi HENRI II ne le prenant pas dans son conseil, Jean se démet de l'archevêché de Paris (16 Mars 1551) et part pour Rome. Le Pape PAUL IV l'accueille et lui offre les évêchés de Frascati, de Porto, Velleri et Ostie. Il devient doyen du Sacré Collège, et se retrouve chargé de préparer la nouvelle session du Concile. Il vit dans un fastueux palais qu'il a fait construire près des thermes de Dioclétien. C'est un ecclesiastique qui aime les plaisirs de la vie : dans sa résidence il donne fêtes et banquets. L'une des plus somptueuses, que Rabelais rapporte dans un de ses ouvrages ("La SCIOMACHIE") s'est déroulée à l'occasion de la naissance du fils du roi de France Henri II. Et il en sera ainsi jusqu'à la fin de sa vie, le 16 Février 1560. Son tombeau se trouve à la Trinité du Mont.



Bibliographie
"Renaissance et Réforme" HISTOIRE DE LA FRANCE au 16ème Siècle de Jules MICHELET. Collection BOUQUINS, Editions Robert LAFFONT 1982
"Correspondance de JEAN du BELLAY" (1529-1536) edition KLINCKSIECK 1969-1973 (2 Vol.)
"MEMOIRES de GUILLAUME ET MARTIN du BELLAY." Publiées par : LA SOCIÉTÉ DE L’HISTOIRE DE FRANCE Auteurs: VL BOURRILLY et F. VINDRY à PARIS 1908 Librairie RENOUARD ( Consultable à la Bibliothèque MAZARINE )

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