Consacré de son vivant comme le plus grand Humaniste (connaisseur du Grec et du Latin) savant et homme de lettres de la France du XVI ème siècle, Guillaume BUDE est, entre autres choses, le père du futur Collège de France, qui est créé par François 1er en 1530 par sa volonté sous le nom de Collège des Lecteurs Royaux. Cette institution indépendante de l'Eglise est d'emblée conçue comme un moyen de contourner les interdits lancés par les théologiens de la Sorbonne à l'encontre de l'enseignement des langues grecques et hébraïques. La création de cette institution est un évènement qui fait de Guillaume BUDE un personnage clef dans la lutte que se livrent à Paris les Humanistes et les Théologiens entre 1523 et 1535. Mais BUDE est bien plus que cela .
LES ANNÉES D'APPRENTISSAGE
Né le 26 Janvier 1468 à Paris, d'une famille bourgeoise, BUDE fait ses études de droit à Orléans. Quelques années plus tard, se prenant de passion pour la langue grecque ancienne, il l'apprend presque seul, travaillant jour et nuit, accumulant fiche par fiche des connaissances qui seront la base de toute son uvre écrite. De cette vie entière passée au service de l'étude, il fait un idéal, voire une mystique, dont il ne cesse de faire l'apologie. On prétend que le jour même de son mariage, il exigea de pouvoir s'enfermer dans son cabinet de travail pour lire au moins deux heures afin, disait-il, de ne pas perdre sa journée.
Selon BUDE, l'homme idéal, mais aussi l'homme Saint, est un homme de savoir. Mais comme on va le voir la sainteté n'est pas exempte de compromissions si on veut l'exercer à la cour
HOMME DE POUVOIR
Pour BUDE, c'est très concrètement dans le domaine du politique que doit s'exercer la réalité du pouvoir que confère ce savoir. On en retrouve l'idéet dans son "De Philologia", écrit en 1532, qui met en scène le roi et Budé plaidant devant lui la cause de la philologie. En cela il est l'exact miroir inverse (et laÏc) des théologiens, qui derrière leur discours sur les choses de la foi, prétendent exercer un contrôle sur les corps tout autant que sur les âmes. On retrouve chez BUDE cette idée étonnante, qui traverse le siècle, et que MACHIAVEL, RABELAIS, Thomas MORE, ERASME et bien d'autres développent aussi : celle de la justification des élites par leur formation - donc leur mérite- . Le concept en soi est révolutionnaire et il le sera vraiment deux siècles plus tard puisque c'est la Bourgeoisie savante (avocats, médecins, hommes de lettres) et la Noblesse "éclairée"qui reprendront ces idées qui mèneront à la Révolution Française. Mais pour cette fois le concept sera dégoupillé par LOYOLA et les Jésuites, pour la plus grande gloire de Dieu, de la Contre-Réforme, et pour celle de leur ordre qui va instruire, former et soulager les consciences des élites nobles et des royautés de la chrétienté.Si les élites se justifient par la connaissance, c'est aussi et surtout par celle de Dieu.
HOMME DE COUR
BUDE est secrétaire à la cour sous Charles VIII, puis sous Louis XII, et devient maître des requêtes et maître de la librairie du roi François 1er. Cette position est une chance pour les études philologiques en France. BUDE donne des instructions aux ambassadeurs du Roi, afin qu'ils repèrent, copient ou achètent tous les manuscrits anciens, grecs ou hébreux, dont ils pourraient avoir connaissance dans leurs voyages. La bibliothèque royale devient grâce à lui une des plus grandes d'Europe en la matière.
Mais une telle longévité si près du pouvoir nécessite certaines qualités d'adaptation et de souplesse, qui peuvent se transformer en trop grande soumission. Marié, père de douze enfants, devant gérer de nombreux biens, BUDE n'a évidemment pas le profil d'un extrêmiste ou d'un révolté. S'il tente de former son Roi, il finira sans doute par donner des gages de sa (bonne) foi aux théologiens qui cherchent à le déstabiliser. Dans le "De Transitu", qu'il écrit en 1534-35, on peut voir la contradiction dans laquelle il tente d'échapper entre la valeur de la culture profane et sa soumission à la transcendance divine. A ce même moment se déroule l'affaire dite "des Placards", et BUDÉ connait les débordements de violence du conflit religieux. Il adjure alors avec force ses lecteurs de se convertir - bien évidemment pas à la Réforme Luthérienne - et entre dans le silence.
BUDE VERSUS ERASME
Ses rapports avec ERASME sont d'abord excellents. BUDE comprend rapidement qu'il y a chez le Hollandais un esprit au moins aussi encyclopédique et brillant que le sien. Il s'empresse de tisser des liens. Une correspondance s'engage. Par la suite, BUDE conseille à FRANCOIS 1er de prendre ERASME comme professeur au Collège des Lecteurs Royaux et il tente de l'inviter à plusieurs reprises. Mais la chose ne se fera jamais. Sans doute ERASME se méfie-t-il avec quelque raison des théologiens de la Sorbonne, et de BEDA en particulier. Le "Prince des Lettres" a des informateurs et des amis dans toute l'Europe, y compris à la Sorbonne. Il est parfaitement informé des limites du pouvoir royal sur l'Université. Et puis, ERASME qui s'est toujours senti un esprit libre car sans attache se méfie aussi de BUDE, de l'homme de cour, ce "buf savant", comme il le décrit avec ironie, reprenant d'ailleurs un qualificatif que BUDE s'était lui-même donné. Un homme de cour mettra toujours en premier son intérêt et celui de son Roi plutôt que la simple vérité, pense sans doute ERASME. Un courtisan n'est pas libre.
Leurs rapports se font plus distants. ERASME publie en 1528 CICERONIAMUS SIVE DE OPTIMO GENERE DICENDI DIALOGUS. Un ouvrage dans lequel il prétend que le style latin de JOSSE BADE ( Imprimeur, mais aussi écrivain ) est sans doute meilleur que celui de BUDE. Chacun le sait, le style, c'et l'homme. BUDE le prend mal. Les deux hommes se brouillent définitivement, et une controverse s'engage entre les tenants de l'un et de l'autre. Pour finir, il y a cette lettre d'ERASME adressée à Charles UTTENOVE (1er Juillet 1529), lettre dans laquelle ERASME accuse BUDE d'avoir eu une attitude plus que troublante dans l'affaire du procès de Louis de BERQUIN qui mena à l' exécution de celui-ci. Simple jalousie d' un éternel errant, d'un célibataire à tendance homosexuelle, d'un intellectuel ayant volontairement choisi la solitude face à l'homme de cour, au père de famille nombreuse, au nanti qui n'eut jamais ni froid ni faim ? Est-ce de la simple médisance ou y a-t-il eu effectivement trahison de la part de BUDE ?
UN TRAITRE A LA CAUSE DES HUMANISTES ?
Est-il possible que BUDE ait donné aux théologiens de la Sorbonne un peu plus qu'un simple gage verbal de sa foi chrétienne en participant au jugement qui mena à l'exécution de Louis de BERQUIN ? Certains auteurs le pensent. On parle même d'une entrevue entre les deux hommes à la prison du Chatelet, la veille du procès qui allait condamner BERQUIN à la mort. Qu'a bien pu dire Budé au traducteur d'Erasme et de Luther, à cet homme têtu et révolté, alors que lui-même faisait partie du jury qui le condamnerait ?
Ce qui est certain, c'est que toutes les charges, postes, et responsabilités rémunérées au niveau de l'Etat et des collectivités se trouvaient occupées par des proches du Roi. C'est ainsi qu'on retrouve BUDE élu en 1522 à la charge de PREVOT des MARCHANDS. Ce qui de nos jours peut sembler étrange pour un savant qu'on imaginerait plutôt enfermé dans sa bibliothèque. Mais BUDE a aussi une formation de Juriste. Il est Maître des Requêtes du Roi. Qu'il ait représenté son souverain au Parlement dans cette affaire est logique et plus que probable. Qu'il en ait profité pour se venger directement ou indirectement de l'affront que lui avait fait Erasme, tout en donnant des gages de son orientation à la hiérarchie de l'Eglise ne peut être exclu....
Oeuvres de BUDE :
"Opera Omnia Guglielmi Budaei parisiensis" - Bâle 1557
"De Philologia, De studio literarum recte et comode instituendo" édition de Josse Bade, Paris 1532
Réédition, aux BELLES LETTRES en 2001
" De transitu hellenismi ad christianismum " édition de Robert Estienne Paris 1535
Réédition aux BELLES LETTRES en 1993
" Institution du Prince " edition de La Rivour 1547
Bibliographie
"Renaissance et Réforme" de Jules Michelet Coll Bouquins, Editeur :Robert LAFFONT 1982
"Chronique de la France moderne, le 16ème Siècle" de Joel Cornette Editeur : SEDES 1993
"ERASME" Oeuvres choisies + correspondance Coll. Bouquins Editeur Robert LAFFONT 1992
"GUILLAUME BUDE" de J.Plattard Editeur : Les BELLES LETTRES 1966
"La Révolution Culturelle dans la France des Humanistes. Guillaume BUDE et FRANCOIS 1er." Gilbert GADOFRE, Editions DROZ, Genève. 1998.
"Le Journal d'un Bourgeois de Paris" Anonyme réédition en Poche chez Garnier Flammarion collection Letttes Gothiques 1990.
Droits de Reproduction et de Diffusion réservés. Ce texte est prévu pour une utilisation strictement personnelle (Voir Mentions Légales ) Il ne peut être reproduit, copié, déposé sur un autre site ou un serveur sauf accord explicite des producteurs et auteurs.
© Renaissance-France.Org 2002
|