Les humanistes : Petrarque (1/4)


LES HUMANISTES

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'humanisme n’est pas un phénomène ou un courant qui naît au XVIè Siècle. Tous les historiens le font remonter à Pétrarque (1303-1374). C’est à la fois un retour vers les modèles de l’Antiquité et un retour vers l’Homme. L’Université Française du XVIè fait d’ailleurs une division entre les « Studia humanitatis » de la faculté des Arts et les « Studia Divinae », matières enseignées à la fameuse Faculté de Théologie de la SORBONNE. Cette dichotomie est en soi un recul du « tout religieux » qui prévaut normalement dans une société théocratique (voir religion), bien que les "Studia Divinae" se situent au-dessus du reste, et soient l'unique voie vers les honneurs et les bénéfices. L’humanisme du Seizième Siècle est-il pour autant anti-religieux ? Ce serait méconnaître le poids de la religion dans les esprits de ce temps. L’humanisme de la Renaissance est un humanisme avant tout chrétien, contrairement à celui du XXè Siècle (L’humanisme existentialiste de Camus et de Sartre).

Les Humanistes de la Renaissance sont des hommes de science et d’étude, des savants qui relisent les livres anciens, se chargent de les exhumer, les traduire, les annoter, et tentent de les débarrasser de toutes les scories, modifications et contresens que des générations de moines copistes avaient pu leur faire subir. Ils sont moines lettrés, aristocrates savants, membres de la haute administration étatique, ou éditeurs. Pourquoi pas professeurs d’Universités ? Parce que, comme le montre bien Pierre CHAUNU (*) les Humanistes forment une « famille » une caste qui va s’opposer à la caste savante et au système scholastique au pouvoir dans les Universités. Ils vont payer cette audace d’une réclusion vers des couches moins favorisées de la société, à des emplois moins prestigieux, et souvent moins rémunérateurs. Platon, Aristote, Lucien, Sénèque, et Cicéron sont leurs passions. Ils replongent dans ce passé riche de culture, d’intelligence et de savoir. Passé important par ses concepts philosophiques, mais qui a peu à voir avec une doxa religieuse conditionnant un raisonnement et des connaissance scientifiques .
En se tournant vers ce passé, les Humanistes se tournent donc aussi vers l’Homme. Mais la dignité de l’homme est-elle naturelle ou s’acquiert-elle ? Pour Erasme (1467 – 1536), la grande figure européenne de l’Humanisme, cela ne fait aucun doute : l’homme ne naît pas Homme, il le devient, et c’est par l’action qu’il se transcende. Il n’y a donc pas contradiction entre le salut par les Œuvres du christianisme et l’Humanisme d’Erasme. Et on comprend pourquoi le « Prince des humaniste » s’opposera violemment à l’idée du seul salut par la grâce de Dieu que professent les Réformés. Si l’homme devient Homme, il lui faut une éducation. Et ce n’est pas dans les Universités Théologiques rétrogrades, comme la Sorbonne, que l'Humaniste imagine la trouver. Ce thème s’avère vite fondamental à la Renaissance. Et chaque groupe de pensée, chaque parti va développer théorie et pratique dans ce domaine. Rabelais rédige son programme éducatif humaniste dans son Pantagruel, Calvin fait de la formation sa tâche principale à Genève, et les Jésuites se lancent en Europe dans l’édification de collèges où seront éduquées chrétiennement les élites des nations.

LE "PERE" PETRARQUE

rancesco PERTRACA est le tout premier de ces humanistes. Petrarque naît le 20 Juillet 1304 à Arezzo. Il étudie le droit à Montpellier en 1319 puis à Bologne de 1323 à 1326. Mais il comprend que ce n’est pas là sa voie : il se passionne pour l’antiquité . « Des hommes actuels la seule vue me blesse gravement; tandis que les souvenirs, les noms illustres des Anciens me causent une joie profonde, magnifique et si inestimable que si le monde le pouvait savoir, il s'étonnerait de ce que je me plaise tant de converser avec les morts, et si peu avec les vivants. » Ses maîtres ont pour nom Cicéron, Virgile et St Augustin. « On laisse la vérité tomber dans l'oubli, on néglige les bonnes mœurs, on méprise les objets mêmes de cette noble philosophie que nul ne trouve en défaut; on ne prête attention qu'à des mots vides » écrit-il à son frère.
Renonçant au droit, il se fait clerc, estimant que c’est la seule situation possible pour un lettré cherchant à survivre sans renoncer à l’étude. Il fera de nombreux émules, tant en Italie à son époque qu’en Europe deux siècles plus tard. Pétrarque est un amoureux des textes. Il se fait même fouineur, enquêteur, et découvreur de manuscrits dans les archives et les bibliothèques des monastères. Après lui la chasse aux textes inédits est ouverte, et des générations d’érudits réveilleront des textes poussiéreux oubliés dans des greniers et des abbayes, comme à Cluny, à St Gall, à Monte Cassino.
C’est en Avignon, alors cité des Papes, qu’il rencontre Laure, mariée au Duc Hugues de Sade. Elle sera pendant quarante-six ans l’objet d’un culte poétique dont la somme formera le célèbre « Canzoniere ». Pour son érudition et sa science du passé des lettres latines PETRARQUE est adulé de son vivant dans toute l’Italie : les Princes, les Républiques, le Pape, les Universités se l’arrachent. Il devient celui qui remémore un passé prestigieux aux Italiens. On l’auréole pour sa réputation de poète et d’écrivain en langue latine. Son poème épique, « Africa » qui est consacré à la gloire de Scipion est encensé. PETRARQUE écrit des livres plus philosophiques : les « Remèdes de l’une et de l’autre fortune », « le Mépris du monde » et « La vie solitaire » qui sont à eux seuls des programmes de vie (Ouvrages édités en France par les Editions Millon).
PETRARQUE en est persuadé : l’image qu’il donnera après sa mort dépend de ses ouvrages rédigés en latin. Erreur !: son lectorat ira bien plus loin qu’un cercle savant, et ce sont ses poèmes en Italien qui passeront à la postérité en devenant une source d’inspiration pour les poètes de l’Europe entière. Reste que son image est celle d’un « Maître » auquel quelques centaines d’érudits du monde occidental vont tenter de se conformer avant que celle d’ERASME ne l’éclipse.

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