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LE GARGANTUA

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musique !
DE LA BONNE EDUCATION
n parallèle entre deux journées de Gargantua, l'une« selon la discipline de ses précepteurs sophistes » (chap. XXI-XXII), l'autre selon Ponocrates le précepteur éclairé (chap. XXIII-XXIV), permet de dégager certaines idées de Rabelais en matière d'éducation. Il convient d'abord de disposer d'un sujet intact;
Ponocrates fait purger Gargantua pour nettoyer la place de ce qui l'encombre inutilement : « par ce moyen aussi Ponocrates luy feîst oublier tout ce qu'il avoit apris soubz ses antiques précepteurs ».
Ensuite, de ne pas perdre une seconde - sans doute pour rattraper le temps perdu - de manière à pouvoir concilier un enseignement théorique, un enseignement appliqué, une pratique des arts (de la musique essentiellement), et des exercices physiques dans une même journée. De quatre heures du matin jusqu'à la pleine nuit, aucun instant n'est laissé libre, ou vide.
Ce programme soigneusement dosé, mais démesuré, présente des caractéristiques étonnantes. La base en est, comme dans la vieille école, la mémoire; seule la forme orale en est décrite, il n'y en a pas d'autre. Aucune information n'est dispensée qu'elle ne soit discutée, mise à l'épreuve des faits; l'autorité ne fait pas loi. Une place importante, sinon décisive, est accordée aux métiers manuels « ... ou alloient veoir comment on tiroit les metaulx, ou comment on fondoit l'artillerye, ou alloient veoir les lapidaires, orfevres et tailleurs de pierreries... » (chap. XXIV); l'éducation rejoint enfin la vie et permet de la comprendre; le savoir s'accroît sans cesse, les matières d'enseignement sont innombrables. Le carcan scolastique brisé, toutes les possibilités sont offertes.

Le programme si dense que Ponocrates établit pour Gargantua est à l'image du personnage : surhumain, gigantesque. Rabelais ne l'ignore pas; veut-il qu'on le suive point par point ? on peut en douter. Certes « l'homme complet » demeure, pour longtemps, un rêve poursuivi, celui d'un homme capable d'assimiler la connaissance de toutes les activités humaines, Pic de La Mirandole, un modèle. Mais, plus humblement, Rabelais témoigne par son inventaire passionnés et méticuleux que le propre de l'homme n'est pas seulement le rire, mais aussi la curiosité

'Sans doute n'est-il pas nécessaire de tout savoir pour trouver grâce à ses yeux; ce qu'il réprouve assurément dans les formes désuètes et étouffantes d'un enseignement suranné appartient plus à l'ordre des vertus qu'à celui du savoir : la paresse intellectuelle, la suffisance, l'absence de lien avec la vie, le manque de curiosité encyclopédique. Plus qu'un programme précis, Rabelais donne un aperçu d'un savoir possible : il y a tant à faire que Ponocrates utilise tous les instants, réglant jusqu'au plus petit détail de la vie quotidienne.

DE L'EDUCATION DU PRINCE

et enseignement, proportionné au personnage, l'est aussi à la fonction à laquelle l'appelle sa naissance. Gargantua, fils de roi, régnera à son tour; Ponocrates compose, à sa manière, une Institution du Prince. Pour bien régner, le prince ne doit rien ignorer de ce que contient son royaume. L'épisode de la guerre picrocholine confronte les divers types de dirigeants, et dessine le modèle auquel le jeune souverain devra se conformer pour être un bon prince chrétien. Trois sortes de monarques dévoilent leurs secrets à travers trois personnages : Grandgousier, Gargantua, Picrochole. Picrochole figure le tyran; colérique, comme son nom l'indique, il réagit selon ses émotions ou son humeur, sans envisager d'autre aspect que sa propre personne : « lequel incontinent entra en courroux furieux, et sans plus outre se interroguer quoy ne comment, feist crier par son pays ban et arriere ban... » (chap. XXVI). Son pouvoir, fondé sur la force, n'a d'autre but ni moyen que la violence. La guerre, qu'il entreprend sans raison, ne peut en aucune manière se justifier, elle ne défend rien, elle attaque et vise à l'expansion: «Adoncques sans ordre et mesure prindrent les champs les uns parmy les aultres, gastans et dissipans tout par où ilz passaient, sans espargner ny pauvre, ny riche, ny lieu sacré, ny prophane » (chap. XXVI).





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