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LE CLERGE AU XVIè SIECLE
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epuis maintenant deux millénaires, l'Eglise catholique Romaine a réussi à résister au temps, aux guerres, aux évolutions profondes de la pensée, des technologies et des structures politiques inventées par l'homme. Elle a ainsi vu passer des pouvoirs et des idéologies, parfois quasi-religieuses (communisme) qui lui étaient contraires. Elle a survécu aux schismes, aux empires et aux puissances militaires. Doit-elle cette longévité à des croyances qui plongent aux racines de la culture occidentale ou a une structure hiérarchisée qui a réussi à limiter les dérives? Qu'est-ce qui lui a permis de surnager dans les temps de cataclysme, de recadrer, de corriger, et reconstruire le Temple et la communauté des fidèles ? Ce n'est pas ici que le débat sera abordé. Mais il est indéniable que la structure hiérarchisée de cette Eglise de Rome a façonné le monde occidental par son organisation. Dans notre monde sécularisé, on a perdu la connaissance de ce que fut (et est toujours) cette structure complexe que les juristes canonistes Romains ont codifiée dans tous ses détails. Ce fut une structure au début hésitante, que les conflits d'intérêts, de pouvoir local et d'argent tentèrent d'investir, d'utiliser ou de mettre à bas (voir Concordat). Mais les fondements de l'Eglise Romaine sont parvenus à ce jour presque inchangés. C'est au Seizième Siècle, pourtant, qu'elle connait sa plus radicale remise en question. Redécouvrons donc ce qu'était cet Etat au-dessus des Etats, avant la Réforme.
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LE CLERGE DIT "REGULIER"
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hénomène presque universel, venu des profondeurs de la pensée religieuse, le choix d'une vie d'ascèse, retirée du monde et consacrée à la prière n'est pas la caractéristique du christianisme. Les premiers moines chrétiens apparaissent dans les déserts d' Egypte et sont Coptes. Mais dès le haut Moyen Age, on assiste en Europe à une poussée extraordinaire de ce phénomène. Des milliers de monastères se créent, formant comme un rempart invisible pour la civilisation occidentale. Ce sont des hommes qui vivent dans la Règle, ( d'où ce clergé dit Régulier) Les règles, en général sont : humilité, obéissance (au père supérieur, au pape), pauvreté et port d'un costume dépouillé. Malheureusement (!) il arrive que les conditions de la vie monacale sur un domaine agraire aboutissent souvent à un succès économique qui finit par améliorer avec le temps les conditions de vie des communautés. Et ses membres en finissent par oublier ce pourquoi ils ont choisi de vivre hors du monde. Au XVIè siècle, les moines ont une réputation exécrable (cf : la chanson populaire en extrait musical). Cette tendance au relâchement explique en partie cette profusion d'ordres monastiques, un ordre venant rectifier et réformer l'autre au nom d'un retour aux sources de la foi des communautés primitives. Voici les plus importants :
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LES BENEDICTINS
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ée au Mont CASSIN vers l'an 500, la communauté des Bénédictins est issue de la volonté de St Benoît. La règle bénédictine qui sera la base de la vie monastique moyen-âgeuse comporte trois voeux principaux : s'engager à rester moine toute sa vie, respecter les grands principes de la vie chrétienne, et enfin, obéir à la loi interne ( la Règle) et au supérieur que la communauté s'est donnée ( ou qu'on lui a donné, voir Concordat ). Obéissance, Humilité, Piété et Silence sont les quatre vertus à respecter. Le confort est minimum : St Benoît estime qu'une natte, une couverture et un oreiller suffisent au moine pour dormir dans le dortoir commun.
Les chambres individuelles feront cependant leur apparition au fil des années et les Bénédictins se feront une réputation de bonne vie. Les communautés issues de CLUNY quatre cents ans plus tard seront bénédictines, mais elles auront auparavant été réformées par Benoît d'Aniane. CLUNY aura un succès européen phénoménal, le père supérieur de l'ordre deviendra un puissant personnage consulté par les rois. En passant des Cordeliers aux Bénédictins, Rabelais passe donc d'un ordre mendiant à un ordre plus douillet, mais à grande réputation intellectuelle. La bibliothèque du Mont CASSIN, malheureusement détruite par les bombardements alliés pendant la dernière guerre était une des plus anciennes du monde occidental. Mais la règle bénédictine d'origine (silence, humilité) pouvait-elle vraiment convenir à Rabelais ? On peut en douter.
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LES FRANCISCAINS
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est l'ordre monastique auquel appartient Rabelais au début de sa vie. C'est aussi ceux qui vont exécuter l'injonction de lui supprimer ses livres de grec. A l'origine des Franciscains, il y a un personnage charismatique : Jean BERNARDONE est né en Italie à Assise vers 1181. Jeune fils de la bourgeoisie, il mène une vie de laîc promis à un avenir doré. La révélation qu'il a de sa mission est subite. C'est à travers les versets de l'évangile selon Matthieu qu'il trouve sa voie : " Ne prenez ni or, ni argent, ni monnaie dans votre ceinture, ni aucun sac pour la route, ni deux habits, ni souliers ni bâtons?" Le jeune homme riche va prêcher la pauvreté et l'ascétisme. Habillé d'une robe de jute et d'une corde à la ceinture ( ce pourquoi on les appellera aussi les Cordeliers ) il devient le plus pauvre parmi les pauvres, vivant de mendicité, couchant ici et là. Laîc, le Pape l'autorise cependant à prêcher. François d'Assise fonde son ordre qui réunira plus de 5000 membres (des "frères) à sa mort. Umberto ECO et le film "LE NOM DE LA ROSE" les décrits tels qu'ils devaient sans doute être à cette époque : des hommes totalement possédés par leur foi, prônant l'allégresse dans le dénuement et la pauvreté la plus totale. Bref, comme allégés du poids des choses de ce monde et toujours prêts à partager l'amour mystique de Dieu. On les qualifie de frères "mineurs".
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