PARIS 1528 - Le combat entre l'ombre et la lumière (2/2)


L'AN 1528

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FAIBLESSE DES HUMANISTES DIVISES

n 1528 est publié l' '' ADVERSUS CLANDESTINOS LUTHERANOS '' ( Contre les Luthériens cachés) de Noel BEDA. Cet ouvrage s'en prend de manière virulente aux humanistes, accusés de faire le lit de l'Hérésie. BEDA attaque notamment ERASME et LEFEVRE D'ETAPLES. Mais c'est surtout contre Le Chevalier Louis DE BERQUIN qu'il dirige ses coups avec férocité.
Or la même année, ERASME publie son ''CICERONIMUS, SIVE DE OPTIMO GENERE DICENDI DIALOGUS '' ouvrage où il se moque des latinistes qui soutiennent que Cicéron est le seul auteur méritant d'être lu. Il provoque ainsi sans trop le vouloir une petite guerre entre humnaistes, en avouant mieux apprécier le style de l'imprimeur et écrivain Parisien JOSSE BADE au dépend de celui de BUDÉ. La controverse va rompre le cercle des humanistes français et provoquer la rupture définitive entre ERASME et BUDÉ. BERQUIN, traducteur d'ERASME se tient dans son camp. Cette querelle de savants va avoir des conséquences mortelles, comme on va le voir par la suite.BERQUIN en réponse à l'ouvrage de BEDA va publier un opuscule qui est en réalité une traduction d'Erasme dans lequel il montre en douze points que BEDA dans ses écrits est un hérétique. La charge amuse le roi, qui défend à l'Université d'interdire la publication du texte . BEDA est mouché. Il enrage.

L'AFFAIRE DE LA VIERGE DE LA RUE DES JUIFS

est dans ce contexte que dans la nuit du 31 Mai au 1erJuin 1528 une statue de pierre de la Vierge est mutilée dans le quartier dit ''des juifs'', dans le Marais. La niche contenant la statue se trouve à l'angle de la rue du Roi de Sicile et de la rue des Juifs (rue des Rosiers) . La tête de la vierge et celle de l'enfant Jesus sont décapitées. Cet évènement est aussitôt mis en relation avec d'autres manifestations d'iconoclastie menées par les partisans de la Réforme et de LUTHER pour qui le culte des Saints, et de la Vierge Marie en particulier, sont contraires au véritable sens de la Foi. Bientôt l'information circule dans tout Paris. L'émotion de la population est grande car le culte de Marie est extrêmement populaire et répandu. " Lors le Roi étant à Paris, de ce averti, fut si courroucé et marri qu'on dit qu'il en pleura très fort" (in :Journal d'un bourgeois de Paris). Le Roi promet une prime de 1000 écus à qui révèlera le nom des coupables. Ils ne seront jamais retrouvés.

LA REACTION

oel BEDA et la Sorbonne n'attendaient que cette provocation tombée du ciel. Ils profitent aussitôt de l'émoi pour organiser de grandes processions dans tout Paris. Elles réunissent toutes les Corporations et Confréries. A la Fête-Dieu, le Roi ayant pris la mesure du mouvement prend lui-même la tête de l'une d'entre elles qui se dirige vers les lieux de la profanation. Iprocession a la viergel remplace la statue mutilée par une statue en argent, scellée et protégée par un grillage (illustration). On porte la statue originale dans l'Eglise St Gervais, où elle se trouve toujours. Le Roi prie la Vierge, protectrice de la France, et promet de ne plus l'oublier. La chose est entendue : le Roi vient de faire le geste fort que tous les tenants de l'orthodoxie attendaient.
Bien évidemment les Ecoles sont fortement sollicitées pour participer aux processions de démonstration qui deviennent vite de protestation contre les "LUTHÉRIENS". LOYOLA ayant refusé de se rendre à celles prévues pour les élèves de MONTAIGU aurait été fouetté pour acte d'insubordination. Noel BEDA, fort de ce soutien populaire massif en profite pour réclamer des sanctions contre les ennemis de la vraie foi. BERQUIN est - on s'en serait douté - le premier visé. Son secrétaire est arrêté, et il avoue avoir eu pour orde de brûler des livres "hérétiques" qui se trouvaient dans la bibliothèque de son maître.
Or BERQUIN qui venait de faire appel d'une première affaire est incarcéré. Son procès va se dérouler le 17 Avril 1529. Il semble avéré que BUDE y participe comme juge (il est maître des requêtes du Roi). BERQUIN est condamné et presque immédiatement exécuté, procédure plutôt rapide, qui a sans doute pour but d' empêcher toute intervention du Roi ou de son entourage. Mais on peut raisonnablement penser que le chevalier ait fini par lasser François 1er qui l'a déjà sauvé deux fois de la mort. Les circonstances politiques ne jouaient d'ailleurs pas en sa faveur. C'est la première fois qu'un intime du Roi paye de sa vie ses opinions. C'est un tournant. Et c'est un succès pour l'Eglise.
Jules Michelet ("Renaissance et Réforme"), qui n'aime vraiment pas BEDA, l'accuse entre les lignes d'avoir ''organisé'' toute l'affaire. Qu'il ait organisé la décapitation de la statue, nul ne peut en faire la démonstration, mais qu'il ait profité de cet évènement pour rallier à sa cause les indécis et la royauté semble une évidence.

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