Actualité des Spectacles RABELAIS au Théâtre
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mise a jour Mer 19 jan 2005
spectacles renaissance


RABELAIS
"Morderegrippipiotabirofreluchamburelurecoquelurintimpanemens"


Spectacle écrit à partir des textes de RABELAIS
Présenté du 13 janvier au 14 février 2004 à la MC 93.
mis en scène par Claude Buchvald,
et co-adapté par Claude Merlin.


LES ADAPTATIONS ANTERIEURES
  • L' oeuvre de Rabelais a bien évidemment donné naissance à un certain nombre d'adaptations et de mises en scènes théâtrales. Mais il y en a somme toute assez peu : Jean-Louis Barrault monta un "Rabelais" assez fameux en 68 (joué du 12/12/1968 au 5/04/1969) qui fut présenté à Paris et repris à Londres avec....Michel Polnareff à la composition musicale ! Par manque de lieu, suite à l'occupation de son théâtre en Mai, les représentations se firent à l'Elysée-Montmartre sur le très populaire Boulevard Barbès. La salle à l'époque était consacrée aux matchs de catch... tout un programme !
    En 1972 le jeune
    Gildas Bourdet monte "La guerre Picrocholine" avec le Théatre de la Salamandre, sa compagnie du Havre. Enfin Mehmet Ulusoy crée "Pantagruel" . Chaque approche développe un certain angle de lecture : le récit des géants, le grotesque et le farcesque, le merveilleux ou la philosophie humaniste…
    Le spectacle monté par Claude BUCHVALD en Janvier 2004 se tourne résolument vers le texte et la Langue Rabelaisienne. Un projet qui redonne à cette langue toute sa force, sa musicalité et sa poésie.

UN NOUVEAU PROJET
  • "Si le théâtre est bien le lieu de la parole, il nous fallait, après Valère Novarina, creuser encore plus profond sous les planches, là où gisent les mots gelés de Rabelais, en fragments entiers encore inexplorés.
    Nous y sommes allés avec les pieds et les mains. Nous avons soufflé très fort dans les dédales à peine éclairés par la petite lanterne de notre vaillant Pilote, seule figure féminine de notre expédition. Nous avons erré, déboussolé par les signes contradictoires, indéchiffrables, par les langues folles qui se dressaient devant nous sans crier gare. Nous avons été effrayés plus d'une fois par ces blocs de mots incompréhensibles qui nous passaient par le gosier, jusqu'à ce que l'ivresse fasse son effet, que la matière nous prenne au corps, et que le sens s'éclaire : pas celui qui nous est habituel, mais celui des rêves et des cauchemards, celui qui perd son chemin, qui vous assaille en hallucinations soudaines, celui qui désintegre l'entendement et qui pourtant suit de façon obsessive sa propre voie, tel que nous le rencontrons dans le procès de Baisecul et Humevesne. Ca germine de tous les côtés, ça vous emporte...
    Nous sommes entrés dans les entrailles de la langue, dans la gorge où ça rugit. Nous avons fait la guerre avec des mots horrifiques, avons convoqué toutes les forces du ciel et de la terre à coup d'invectives respirées, jusqu'à ce que les planches du théâtre prennent la mer, assaillies de mille monstres crachés par la gueule même de l'auteur, plus vivant que jamais.
    (Claude BUCHVALD)"


LA GRANDE NEF RABELAISIENNE
  • © photo Eric GantnerLa scène ressemble à une longue vague immobile, prise dans l’instant où elle va s’abattre sur la grève des spectateurs.. Cela pourrait être aussi la carêne d’un navire. De sa crête ou de ses sabords, surgissent un, deux, puis sept personnages qui forment sarabande pour chanter la génération de tous les géants qui s’aboutit à Pantagruel, fils de Gargantua. On reconnaît bien là le texte du chapitre 1er du « Pantagruel » de Rabelais. Le chant en magnifie l’effet d’accumulation, en gomme la pesanteur et retrouve la verve du bateleur de rue qui fut celle du théâtre de foires de cette époque. Le ton est donné : joie, drôlerie et subtilité. Les mots de Rabelais jaillissent , volent et se fracassent vers les têtes-rochers de l’audience. La langue rabelaisienne devient vague de plaisir. De cet effet relève la célèbre tirade du « torchecul » (Gargantua Chapitre XIII) Mais cette profération-projection procède aussi d’un ordre narratif, de situations jouées : On reconnaît la scène de rencontre entre Pantagruel et l’écolier Limousin (Pantagruel Chap VI) celle de la rencontre avec Panurge (Pantagruel chap IX), la controverse juridique d’Humevesne et de Baisecul (Pantagruel Chap XI) le récit de l’évasion de Panurge des geoles turques (Pantagruel chap XIV, la fameuse bataille de frère Jean des Entommeures (Gargantua Chap XXVII). Les scènes s’enchaînent avec subtilité jusqu’à la seconde partie, tirée du Quart Livre. La vague se fait alors nef, les mots comme des embruns volent dans la mature et Panurge se conchie de peur devant cette tempête de l’incompréhensible. En ombre chinoise la bataille fait rage contre le « physétère » (baleine), monstre marin du sens qui se dérobe (Quart Livre, chap XXXIV). Puis le calme revient, et tombent alors sur le tillac ces dragées perlées de diverses couleurs. Ces mots d’azur, ces mots de sable, ces mots dorés. Lesquels, être quelque peu échauffés entre les mains des spectateurs fondent comme neige, et so nt enfin ouÏs réellement (Quart Livre Chapitre XVI voir l’interprétation qu’en donne Jonathan Kerr)
    Le pari est réussi . Un spectacle à voir, assurément.

    Remi Morel le 15/01/2004

    photo : © Michel Gantner

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