Rouge Brésil de Jean Christophe RUFIN
navigation

Chercher

mise a jour Mer 19 jan 2005
litterature

ROMAN


ROUGE BRESIL de Jean Christophe RUFIN
  • D'or, de rêves et de sangGallimard, collection NRF - 544 pages. 21

    L'histoire :
    Colombe et Just, les deux enfants présumés d'un officier disparu lors des campagnes d'Italie, sont écartés par la famille qui convoite leur héritage. Ils sont envoyés dans l'expédition que monte le Chevalier de Villegagnon, qui a persuadé le roi Henri II de conquérir le Brésil. Leur rôle devra consister à se mêler aux indigènes afin d'en apprendre la langue, et servir de "truchements". Les quelques centaines d' hommes de la nouvelle colonie française vont se fortifier en arrivant sur une Île de la baie de Rio, que leur commandant va nommer Genèvre . Face à eux, l'immensité d'une baie et d'un continent couvert de forêts peuplées de tribus aux moeurs incompréhensibles. Ils choisissent de se clacquemurer, en opérant le moins d'échange possible. Seule Colombe, qui se risque dans les tribus indiennes découvre à la fois la beauté de ces peuples qui vivent en harmonie avec la nature, et sa propre féminité qu'elle avait cachée aux hommes rudes de l'expédition. Ce faisant, elle trouve sa famille. Sur l'île, un drame se profile avec l'arrivée de renforts Protestants envoyés par Calvin. La communauté joue en réduction la guerre religieuse qui va se produire en France, et s'entre-déchirent...
    Entre Culture et Nature, deux mondes se regardent de loin avec incompréhension et surprise. Irrationnalité et sauvagerie sont également partagées. C'est entre ces deux mondes que va devoir choisir le jeune Just, qui a maintenant la charge de défendre l'île après le départ de son chef Villegagnon... et avec l'arrivée d'une armada Portugaise.

    Le traitement
    Le roman fait 540 pages. Il a l'ampleur de ces pavés romanesques historiques chéris par le public populaire d'outre-atlantique. Il arrive souvent que ce genre littéraire démarre par une exposition de la situation historique, et mène vers une pesanteur stylistique, comportant des digressions et des répétitions. Rouge Brésil ne fait pas exception à la règle, et cette exposition semble parfois lourde. On sent que l'auteur lui-même a du mal à faire "décoller" son navire du quai. Mais dès le voyage commencé on ne peut plus s'arracher à ces pages, aux aventures de cette communauté et de ces deux enfants. Libéré de ses contraintes historiques, l'auteur ciselle ses phrases et ses dialogues avec une légèreté et une précision qui sont au-dessus de la moyenne des romans du genre.

    Traitement historique
    L'histoire racontée est soucieuse de vérité historique. Jean de Lery, un protestant, en relate les faits dans son "voyage faictz en la terre du brésil" (1578). Jean Christophe RUFIN s'en est inspriré
    La réalité la voici : Villegagnon partit avec six cents hommes le 14 Aout 1555. Ils occupèrent l'ile de Gagneure, situé dans la baie de Rio.
    Le 7 Mars 1557 deux cents quatre vingt dix calvinistes se joignirent à la communauté française . Après dispute, ils repartirent vers la France. Villegagnon repartit lui aussi, laissant le Fort Coligny aux mains de son neuveu BOIS LE COMTE (1559) .
    MEM DE SAA, l'amiral portugais mena sa première attaque le 21 Févfier 1560. La centaine d'hommes qui tenaient encore le fort la repoussa. A la seconde ils s'enfuirent dans la forêt.
    Mis à part le personnage de de BOIS LE COMTE, le livre est fidèle à la réalité. Bien des figures du livre sont inventées, dont évidemment celles des deux enfants. La fin de l'aventure pour les français se temina au sein des tribus, et ils tentèrent de résister à la pression progressive des portugais. Cette résistance fut sans doute moins brillante ou aussi forte de symbole que dans le roman

    Les Thèmes
    La seconde partie du livre narre les difficultés d'installation de Villegagnon et de ses compagnons. Et elle nous fait vivre ce passage, cette TRANSFORMATION qui fait de simples découvreurs-voyageurs, les membres d'une communauté qui s'établit en territoire vierge ou hostile, selon des règles sociales acceptables. Cette FONDATION a toujours des implications ethiques et écologiques et celles-ci sont une des bases du western classique américain (Jeremiah Johnson, ) ou même de la science fiction (Dune,). Toute FONDATION est en soi un suspense et une jouissance pour le lecteur qui revit pour lui-même cette sorte de re-Création du Monde, ou plus exactement la Fondation de son propre lien social, de sa stabilité et des dangers qui le guettent (Robinson Crusoe). ROUGE BRESIL est parcouru par cette thématique qui donne toute sa charpente à la narration. Mais cette fondation n'aboutit pas, et se révèle stérile.
    Ce n'est pas le plus important des thèmes développés.
    C'est en effet vers une réflexion plus philosophique, que mène et se construit la troisième partie . Il s'agit de l'antagonisme ou des rapprochements entre deux mondes : le culturel et le naturel. Monde de la civilisation européenne, qui se déchire pour des problème de " présence réelle du Christ dans l'Eucharistie" (la communion) , et monde naturel du "sauvage", dans lequel les peuplades antropophages ennemies se dévorent rituellement, mais sans haine. Deux manières de communier, deux façons de s'approprier le Dieu créateur de toutes choses, et le principe de force et de vie qu'il accorde à la Nature. Ce principe naturel, c'est celui que choisit la femme, ou une certaine femme, la lumineuse (et blonde)
    Colombe, dont l'opposé exact se découvre dans la sombre (brune) et autoritaire Aude, dont Just s'est épris, et qui mènera sa communauté protestante jusqu'au retour en France. Mais Colombe ne peut accepter les moeurs cruels des peuplades qu'elle aime . Elle trouve dans le personnage de "Pay-Lo" la résolution de son conflit interne, qui est celui du roman. Pay-Lo est un vieillard européen vénéré des indiens pour sa sagesse. Et c'est en mourant qu'il dévoilera son secret : la Transformation de l'autre ne peut passer que par la dévoration de soi. Par la fusion. C'est en vivant avec l'Indien et en acceptant sa différence qu'on peut imaginer le transformer, pas en lui imposant sa culture par la force. Et en faisant cela, il nous "dévore" métaphoriquement, c'est à dire qu'il nous transforme. Le message Humaniste est clair. Et c'est aussi ce qui fait la force de ce magnifique roman...

    Rémi MOREL

publicite chapitre.com

page precedentepage suivante

MONTAIGNE ET LA RENAISSANCE I LYON RENAISSANCE I
ACTUALITES RENAISSANCE I MULTIMEDIA I
Mentions Légales I Partenaires I I Publicité I Generique
Droits de reproduction et de diffusion reservés
© Renaissance-France.Org