"Laurent le Magnifique" de Jack LANG
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mise a jour Mer 19 jan 2005
litterature

LES ESSAIS RENAISSANCE (2)


"LAURENT LE MAGNIFIQUE" de JACK LANG
  • Editions PERRIN - 19
    "Il y a un mystère Laurent le Magnifique. En 1469, citoyen d'une République, il atteint au pouvoir des plus grands princes à l'âge de vingt ans. En un temps essentiellement guerrier, il gouverne l'Italie par le pouvoir de son argent et le talent de sa diplomatie. Son nom est à jamais associé à la Renaissance florentine, un âge d'or qu'auncun autre prince italien ne suscitera, comparable seulement au siècle de Louis XIV ou à l'Espagne sous Philippe II. Quels idéaux visait-il ? Quelles motivations l'entraînaient ?
    L'Italie de l'intérieur - Florence - et l'Italie du grand large - Pise, Gênes, Venise ou même Rome - sont en lutte. La famille Médicis tisse une toile aux dimensions de l'Europe : par le commerce d'abord, la banque ensuite, la politique enfin. Mais la puissance des Médicis et de Florence vacille sur ses bases quand entre en scène Laurent. Pourtant le jeune homme porte à l'excellence ce mélange unique de munificence, d'autorité et de magistère d'influence que symbolise avant tout sa "politique culturelle".
    Florence est montagne et plaine. Ansi se dédouble ce livre : histroire d'une famille, récit fondateur d'une légende. Décrire la faillite lente et grandiose des Médicis à l'agonie d'un siècle secoué par trois crises majeures : les Turcs avancent en Méditerranée, l'Europe bascule au nord, les principautés italiennes se déchirent. Elucider par quels moyens Laurent s'impose comme le colosse politique de son temps, prend le visage de l'homme universel qui caractérise la Renaissance et singulièrement Florence, incarne enfin la figure éternellement moderne du héros politique. ' (extrait de la dernière page de couverture)

    Le livre de Jack Lang comporte une citation qui donne en filigrane une autre résonnance à cette biographie intéressante et bien documentée. Elle n'est pas de Machiavel, pourtant abondamment cité, mais fut prononcée par un contemporain et un partenaire politique de Laurent : le Pape Sixte IV.
    "J'ai appris que la vertu sans le pouvoir est chose vaine..."
    Laurent le Magnifique était-il vertueux ? Certainement pas. Qu'est-ce donc alors qui rendit ce dictateur au sein d'une République si fameux de son vivant et si inoubliable à travers les siècles ? Son amour de l'art et sa "Politique Culturelle"... Remplaçons alors dans la phrase de Sixte IV le mot vertu par celui d'amour de l'art, et on comprend sans doute mieux toute la fascination qu'exerce la personne de Laurent le Magnifique auprès d'un auteur qui fut Ministre de la Culture de François MITTERAND. A travers la personne et le parcours de Laurent le Magnifique Jack Lang tend ainsi à démontrer qu'une "Politique Culturelle" est une des données consubstantielles à l'exercice supérieur du pouvoir. Et on pourrait alors retourner pour son propre compte la phrase de Sixte IV :
    "J'ai appris que le pouvoir sans promotion de l'art est chose vaine".
    Peut-on pour autant parler d' identification de l'auteur à ce "héros politique" instigateur de cette "Politique Culturelle" qui fit de Florence le centre artistique de l'Europe ? La référence à François Mitterrand dans les premières pages semblerait indiquer qu'il ne se considére que comme le prolongement et l'outil de cette politique. Pourtant, à la lumière des multiples facettes du héros de cette
    étude, on n'est pas loin de penser qu'iI y a un peu d'autobiographie rêvée dans cette biographie.
    Plus sérieusement, ce livre nous rappelle quelle fut la fonction des élites dans le développement de l'Art de la Renaissance. Gênes et Florence ont connu un développement parfaitement inégal sur ce plan. A quoi cela tient-il ? à l'éducation de leurs populations ? à leur niveau de richesse économique ? Non, les deux villes étaient également riches et florissantes. Cette différence tient bien au rôle moteur qu'eurent leurs élites sur les pratiques artistiques, et sur la formation du goût des populations. Mais ce qui était vrai pour la Renaissance l'est-il encore sous notre République laÏque surmédiatisée ? La mode artistique doit-elle encore être impulsée par le pouvoir ? L'Etat est-il toujours le seul formateur du (bon) goût ? C'est là tout le débat de l'Action Culturelle.
    Raymond Queneau souhaitait un Ministère incitateur, un Ministère des plumes et des gommes (pour la Littérature). C'était sans compter sur l'aspect ostentatoire des pratiques artistiques. Et la fascination que ces objets peuvent exercer sur les hommes de pouvoir.
    Comme au Seizième, sur ce plan, rien n'a changé.

    Rémi Morel

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