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mise a jour Mer 19 jan 2005 |
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LES ESSAIS RENAISSANCE (1)
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| D'OR DE REVES ET DE SANG" de Michel LE BRIS |
D'OR DE REVES ET DE SANG - L'épopée de la flibuste -
(1494-1588) de Michel LE BRIS Editions Hachette Littératures
Fernand Braudel a su démontrer avec sa " Méditerranée " combien l’élément naturel liquide qui borde nos rivages du sud est un des acteurs fondamentaux de l’histoire de la civilisation occidentale. On pourrait sans doute en reprendre le principe et faire une étude assez enrichissante autour de l’Atlantique, de son influence sur les peuples qui bordent ses rivages, et les mythologies fondatrices de civilisations qu'elle inspire (Vikings, Normands, Celtes, Basques, Bretons), D’OR DE REVES ET DE SANG, le dernier essai du Malouin Michel LE BRIS pourrait en être un chapitre.
Louvrage est sous-titré : " L’épopée de la flibuste ". C’est dire assez que ce sont les hommes qui l’intéressent, plus que les éléments. Des hommes et des destins exceptionnels, dont on découvre au fil des pages les aventures avec gourmandise. La mer est ici observée comme lieu de découverte, de liberté, de conquête, et pour finir, enjeu des appétits expansionnistes des Etats qui se forment à la Renaissance. Cette gestation étatique difficile se crée à chaque fois dans un rapport aigu au phénomène religieux. Et Michel LE BRIS d’oser un rapprochement entre la situation du flibustier, seul face à la nature, et celle du huguenot, priant sans intermédiaire face à son Dieu. Le parallélisme s’arrête là, car opérer une équivalence totale entre flibuste et protestantisme paraît hasardeux : l’histoire de la piraterie, même commanditée, est bien antérieure à la religion chrétienne. D’ailleurs, Michel LE BRIS le constate lui-même, les flibustiers Bretons restèrent fidèles au pape. Mais il est indéniable que la Bible des réformés et la Boussole des navigateurs furent à l’origine de découvertes et de conquêtes. Le conflit religieux peut ainsi être considéré comme moteur de l’histoire maritime, et de l'Histoire tout court.
Cette essai historique qui se lit comme un roman, met en lumière une foule de notations intéressantes sur ce thème. Il montre en particulier que Gaspard de Coligny, chef des huguenots français, ne fut pas grand maître de la Flotte du Royaume de France pour rien. On y comprend aussi l’importance militaire de la Flotte de la République des Gueux dans la constitution des Pays Bas luttant contre l'occupation de l’Espagne catholique. LE BRIS narre encore l’épisode de cette colonie composée d’un millier de français huguenots installée en Floride. l'aventure se termina par une affreuse tuerie perpétrée par les Espagnols du gouverneur Menendez en 1566. Mais à l’horreur répond l’horreur : que dire du massacre des quarante Jésuites passés par-dessus bord par le huguenot Jacques de SORES en 1570 ?
Pour les " papistes " espagnols et portugais, l’appel de l’or est bien le moteur de l’aventure. Un moteur destructeur, au nom duquel ils vont commettre le génocide des Indiens. La réelle importance historique de la FLOTA, cette caravane atlantique, qui mène de Panama à Séville des galions remplis à ras bord de toutes les richesses pillées des Amériques est bien mise en lumière. Comme l’est aussi cette meute de flibustiers, pratiquement tous nordiques donc protestants - qui tentent de s’inviter au festin dont leurs Etats ont été privés par une bulle papale. Mais l’appartenance religieuse n’est-elle pas, à cet égard qu’une justification à posteriori des rapines ainsi opérées ?
Le livre s’ouvre sur l’évocation de " Pepleg-Jambe-de-bois ", premier corsaire de l’Histoire, pour finir sur celle de " Sir Francis Drake ", capitaine sans scrupules, névrosé du pouvoir, mais héros du peuple anglais, et amiral de la Reine d’Angleterre. Cette promotion est significative . Elle démontre le poids économique et stratégique que se découvre l’espace maritime.Et tout particulièrment l'Atlantique. A la fin de la Renaissance, le pays qui dominera les mers dominera le monde. Ce sera d'abord l'Espagne, puis l’Angleterre. Et pour longtemps.
Michel LE BRIS a du panache et du style, et on sent vibrer les membrures des navires sous le vent de l'aventure. Très documenté, louvrage est enrichi dune abondante bibliographie.
Rémi MOREL
17/9/2001
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